Vision de Swedenborg sur la foi en la Nature ou en Dieu

Emmanuel Swedenborg :

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Un matin, à mon réveil, méditant dans une lumière matinale et sereine, avant la pleine veille, je vis à travers la fenêtre comme un brillant éclair, et aussitôt après j’entendis comme un éclatant coup de tonnerre; comme je m’étonnais d’où cela pouvait venir, j’entendis du Ciel, que c’étaient quelques Esprits qui, non loin de moi, raisonnaient avec emportement sur Dieu et sur la NATURE, et que la vibration de la lumière semblable à un éclair, et la secousse de l’air semblable à un coup de tonnerre, étaient des correspondances et par suite les apparences du combat et de la collision des arguments, d’un côté pour Dieu, et de l’autre pour la Nature. Voici l’origine de ce combat spirituel: Il y avait dans l’enfer quelques Satans qui avaient dit entre eux: Que ne nous est-il permis de converser avec les Anges du Ciel ! nous leur démontrerions d’une manière complète et absolue que la Nature est ce qu’ils appellent Dieu de qui tout procèdent, et qu’ainsi Dieu est seulement un mot, à moins que par Dieu on entende la Nature; et parce que ces Satans avaient cru à cela de tout leur cœur et de toute leur âme, et avaient désiré de s’entretenir avec les Anges du Ciel, il leur avait été donné de monter du bourbier et des ténèbres de l’Enfer, et de converser avec deux Anges descendant du Ciel; la scène se passait dans le Monde des esprits, qui tient le milieu entre le Ciel et l’Enfer: là, les Satans ayant vu les Anges, accoururent avec vitesse, et crièrent avec une voix furieuse: Êtes vous les Anges du Ciel avec lesquels il nous est permis de communiquer pour raisonner sur Dieu et sur la Nature? vous êtes appelés sages, parce que vous reconnaissez Dieu; mais, oh que vous êtes simples! Qui a vu Dieu? Qui comprend ce que c’est que Dieu? Qui conçoit que Dieu gouverne et puisse gouverner l’Univers, et toutes et chacune des choses qu’il renferme? Qui reconnaît, à l’exception de la populace et du vulgaire, ce qu’il ne voit pas et ne comprend pas? Qu’y a t-il de plus évident, sinon que la Nature est tout dans tout ? Qui a vu avec l’œil autre chose que la nature? Qui a entendu avec l’oreille autre chose que la nature? Qui a odoré avec les narines autre chose que la nature ? Qui a savouré avec la langue autre chose que la nature? Qui a senti par le toucher de la main et du corps autre chose que la nature? Les sens de notre corps ne sont-ils pas les témoins des vérités? Qui ne peut d’après eux jurer que telle chose est de telle manière? La respiration d’après laquelle vit aussi notre corps n’est-elle pas un témoin? Respirons–nous autre chose que la nature? D’où vient l’influx dans les pensées des Têtes, sinon de la nature ? Si la nature était enlevée, pourriez-vous penser quelque chose ? Outre plusieurs autres arguments de même espèce. Les anges après les avoir écoutés, répondirent: Vous parlez ainsi, parce que vous êtes entièrement sensuels; tous, dans l’Enfer, ont les idées des pensées plongées dans les sens du corps, et ne peuvent élever le mental au-dessus d’eux, nous vous pardonnons donc; la vie du mal et par suite la foi du faux ont bouché les intérieurs de votre mental, au point que chez vous l’élévation au-dessus des sensuels n’est pas possible, sinon dans un état éloigné des maux de la vie et des faux de la foi; car un Satan peut, aussi bien qu’un Ange, comprendre le vrai quand il l’entend prononcer, mais il ne le retiens pas, parce que le mal efface le vrai et introduit les faux; mais nous percevons que vous êtes dans cet état éloigné, et qu’ainsi vous pouvez comprendre ce que nous prononçons, faites donc attention aux paroles que nous dirons ; et ils dirent: Vous avez été dans le monde naturel, et vous y êtes morts, et maintenant vous êtes dans le monde spirituel; avez-vous su auparavant quelque chose sur la Vie après la mort ? Ne l’avez-vous pas niée, et ne vous êtes-vous pas faits pareils aux bêtes ! Avez-vous su auparavant quelque chose sur le Ciel et l’Enfer ? Quelque chose sur la lumière et la chaleur de ce Monde? Sur ce que vous n’êtes plus en dedans de la Nature, mais au-dessus de la Nature? Car ce monde et tout ce qu’il renferme, est spirituel, et les spirituels sont au-dessus des naturels, à un tel point que la plus petite chose de la nature, dans laquelle vous avez été, ne peut pas même influer dans ce Monde: mais vous, parce que vous avez cru la nature Dieu ou Déesse, vous croyez aussi que la Lumière et la Chaleur de ce monde sont la Lumière et la Chaleur du monde naturel, lorsque cependant il n’en est rien, car la Lumière naturelle ici est l’Obscurité, et la Chaleur naturelle ici est le Froid; avez-vous su quelque chose sur le Soleil de ce monde-ci, d’où procèdent notre Lumière et notre Chaleur? Avez-vous su que ce Soleil est le pur amour, et que le soleil du monde naturel est le pur Feu? Avez-vous su que le Soleil du Monde, qui est le pur feu, est ce d’après quoi la Nature existe et subsiste, et que le soleil du ciel, qui est le pur amour, est ce d’après quoi existe et subsiste la vie même, qui est l’amour uni à la sagesse; et qu’ainsi la nature, que vous faites dieu ou déesse, est entièrement morte?  Vous pouvez, s’il vous est donné une garde, monter avec nous dans le ciel, et nous pouvons, s’il nous est donné une garde, descendre avec vous dans l’enfer, et vous verrez dans le ciel des objets magnifiques et resplendissants, et dans l’enfer des objets difformes et immondes; ces différences viennent de ce que dans le ciel tous adorent dieu, et que dans l’enfer tous adorent la nature; ces objets magnifiques et resplendissants dans les cieux sont les correspondances des affections de l’amour du bien et du vrai, et ces objets difformes et immondes dans les enfers sont les correspondances des affections de l’amour du mal et du faux. de tout cela, concluez maintenant si c’est dieu, ou la nature, qui est tout dans tout. A cela les Satans répondirent: dans l’état où nous sommes maintenant, nous pouvons de ce que nous venons d’entendre conclure que c’est dieu, mais quand le plaisir du mal s’empare de notre mental, nous ne voyons que la nature. Ces deux anges et les Satans se tenaient non loin de moi, c’est pourquoi je les vis et les entendis; et voici, je vis autour d’eux beaucoup d’esprits qui, dans le monde naturel, avaient été célèbres par leur érudition, et j’étais étonné de ce que ces érudits se tenaient tantôt près des anges, tantôt près des Satans, et applaudissaient ceux près desquels ils se tenaient; et il me fut dit que leurs changements de position étaient les changements d’état de leur mental qui favorisait tantôt un parti tantôt l’autre, car ils étaient quant à la foi comme des Vertumnes: et les anges me dirent le mystère: nous avons jeté nos regards sur la terre vers les hommes célèbres par leur érudition, et sur mille nous en avons trouvé six cents pour la nature et les autres pour dieu, et ceux-ci étaient pour dieu, parce qu’ils en avaient parlé fréquemment, non d’après l’entendement, mais seulement d’après ce qu’ils avaient entendu dire que la nature vient de dieu, et parce qu’un langage habituel d’après la mémoire et la réminiscence, quoique non en même temps d’après la pensée et l’intelligence, produit une espèce de foi. Après cela, une garde fut donnée aux Satans, et ils montèrent dans le ciel avec les deux anges, et ils virent des objets magnifiques et resplendissants, et étant alors dans l’illustration par la lumière du ciel ils y reconnurent qu’il y a un dieu et que la nature a été crée pour servir d’instrument à la vie qui procède de dieu, et que la nature en elle-même est morte, et qu’ainsi par elle-même elle n’a aucune activité, mais qu’elle est mise en action par la vie. Après avoir vu et perçu ces choses, ils descendirent; et comme ils descendaient, l’amour du mal revint, et boucha leur entendement au dessus et l’ouvrit en dessous, et alors au-dessus apparut comme une ombre lançant des éclairs d’un feu infernal; et aussitôt que de leurs pieds ils eurent touché la terre, le sol s’entrouvrit sous eux, et il retombèrent vers leurs compagnons.