Saint Augustin et les origines des unitariens

Extrait du Soleil Spirituel (Jacob Lorber)

En version audio

Voilà en effet une somptueuse Église, avec deux massives tours campaniles, et des deux cotés de l’Église, les vrais édifices du cloître avec des fenêtres plutôt petites; et, comme vous voyez, tout l’ensemble des édifices, église comprise, est entouré par un solide mur. Vous voudriez savoir quel est l’Ordre qui y habite. Et Moi, Je vous dis: L’un des plus sévères, et précisément l’Ordre de ceux que l’on appelle les Augustiniens déchaussés. Cet ordre était, en son temps, un ordre de pénitents très considéré, c’est-à-dire, selon la règle du père de l’Église Augustin, lequel, comme on le sait, se donna beaucoup de peine pour représenter l’Essence de la Trinité sous un concept déterminé. Ce chrétien était tellement zélé, et il a même été admonesté par le Seigneur Lui-Même, de ne plus s’occuper de sa triple et inutile recherche; malgré cela, il fit solidement ligue avec les évêques romains, et se déclara pleinement d’accord à Nicée, sur la Trinité formée par trois personnes divines, et il tenta ensuite de rendre valide, autant que possible, pour l’Église, cette image de la Trinité, grâce d’ailleurs à son très vif savoir mondain. C’est grâce à cela qu’il a été élevé à l’honneur d’être appelé *Père de l’Église* et Maître de l’Église. De toute façon il était très étrange que de tels maîtres de l’Église se fissent appeler aussi père de l’Église; du moment qu’ils possédaient l’Évangile dans lequel il avait été fixé, par le Christ, Qui était le Seul et Vrai Père de tous les hommes, et partant, d’autant plus aussi de Son église. Mais étant donné qu’Augustin ne faisait pas ces recherches pour son propre profit, mais bien plutôt avec une intention droite, elles ne lui firent pas imputées à charge et il vit son erreur dans le monde spirituel, et en partie, au moins pour lui, déjà dans celui naturel, et il fut pour cette raison aussitôt accueilli par le Seigneur, et guidé sur des voies meilleures. En raison de ses meilleures connaissances terrestres, déjà durant son existence terrestre il avait fondé une petite école secrète autour de lui, école qui avait une meilleure, et donc plus vive, connaissance du Dieu UN et TRINE.
Dans ce but, Augustin avait fait connaissance avec la Parole Vivante Intérieure, et ainsi aussi appris la Voie par laquelle on peut s’approcher d’Elle. Cette voie était en substance: l’humilité la plus absolue, l’oubli total du monde, et en regard, saisir le Seigneur avec l’amour. Cette école avait rencontré un grand appui, bien qu’elle fût maintenue le plus possible secrète; même l’évêque romain en eut connaissance, et officiellement il n’y était pas opposé; et même, il adhéra lui-aussi à cette école. Il vit bien vite que la doctrine officielle ne concordait pas avec celle nouvelle; mais désormais il ne pouvait nager à contre-courant. Donc, afin que cette école ne finisse pas mal, étant donné qu’elle était une importante découverte pour ce temps, il lui accorda toutefois le libre exercice; et il l’appela l’École des vrais prêtres, qui avec le temps reçut le nom de *scolastiques*. Naturellement, ces scolastiques ne doivent pas être confondus avec ceux de l’Égypte antique, lesquels s’occupaient du mysticisme magique ; mais ceux-ci étaient bien plutôt scolastiques dans la signification intérieure de la Parole. Ils donnèrent une autre image de la Trinité, et celle-ci consistait en *Un œil dans un triangle* qui se trouvait dans une sorte de couronne de rayons solaire. Et, même si cette figure n’était pas juste en correspondance, Dieu cependant était présenté dans une Unité, et l’œil représentait le Soleil du Seigneur, Soleil dans lequel Il Se trouve dans Son Amour, et Sa Sagesse éternels; et ceci aussi parce que l’être humain le comprend. En effet, à partir de l’œil regarde l’amour, de même que la Sagesse en tant que Lumière. Les trois angles de la figure, au centre de laquelle se trouve l’œil, représentent les trois degrés dans lesquels le Divin s’exprime comme le plus profond. Les deux angles inférieurs indiquent: celui de gauche, le naturel, celui de droite, le spirituel, tandis que l’angle supérieur représentait le céleste. Ensuite, en ce qui concerne l’irradiation de l’œil vers les trois angles, elle indiquait l’écoulement de l’Amour à travers ces trois degrés. La surabondance des rayons, à partir de cette figure indiquait la Puissance infinie et l’impénétrabilité de l’Être Divin; et par conséquent, cette image était une figure représentative assez bien réussie de l’Essence Une et Trine de Dieu. Selon cette règle a été aussi fondé l’Ordre des Augustiniens déchaussés. Maintenant, vous voudriez savoir pourquoi ceux-ci, que l’on appelait des nouveaux scolastiques, n’ont pas représenté de façon plus parfaite l’Être UN et TRINE de Dieu, et pourquoi le Seigneur ne le leur a pas indiqué. Cela découle du fait que tous ceux-là se trouvaient encore comme enveloppés dans quelque chose de faux, à cause des précédentes trois Personnes Divines. Une partie de ces scolastiques adhéra de toute façon à une connaissance meilleure et plus approfondie; et c’est là le motif pour lequel elle se mit sous la protection de l’Église grecque, où elle forma ensuite une véritable secte, sous le non de *Unitaires*; tandis que sous la coupe de l’évêque romain on resta toujours avec l’ancienne règle, c’est-à-dire, la plus stricte clôture dans le silence; silence qui, avec le temps, arriva au point que même les initiés ne devaient échanger entre eux que très peu de paroles. Cependant chacun pouvait pour soi, parler avec la Parole Intérieure, mais il n’était pas permis de dire et de communiquer aux autres ce qui était dit ou entendu. Et ainsi, même ce bon Ordre se gâta avec le temps; et sous pas mal des dignitaires successifs, il ne jouit plus d’une grande considération, ni d’une grande importance. Suite à cet état de choses, de cet Ordre, en sortirent d’autres semblables, qui toujours pour ces bonnes raisons, se fermèrent avec rigidité devant le monde.
Ces Ordres, même pris tous ensemble, malgré leur bonne volonté, ne pouvais rien réaliser de bon; en premier lieu, parce qu’ils en étaient toutefois empêchés par l’organisation extérieure de l’Église; et en second lieu, parce qu’ils pouvaient discuter entre eux, dans leur stricte clôture, ils ne pouvaient être employés utilement au soin des âmes qui leur étaient confiées. Beaucoup d’Ordres se formèrent encore, Ordres chez qui, au commencement, la base était bonne, puisque tous, plus ou moins, étaient des fidèles de la scolastique intérieure; mais avec le temps, cela fut complètement perdu, et il n’en resta rien autre, en dehors de la forme extérieure. Et comme avec le temps, certains Ordres commencèrent à agir beaucoup au profit de l’épiscopat romain, de considérables faveurs extérieures leur furent accordées par ce même épiscopat. Ensuite de quoi naquirent bien vite des *fondations* et des *ordres* privilégiés qui étaient beaucoup mieux que ceux qui s’en étaient tenus à la Règle Fondamentale. Cela fit que les petits Ordres en prirent ombrage ; et ainsi ils commençaient à travailler en faveur de Rome, et ils furent à leur tour toujours plus favorisés. De cette façon fut complètement perdue toute trace de ce qui dans l’Ordre était intérieur; et à la place succéda une fondation contrefaite; et c’est justement sur une telle fondation que nous voyons ici ce cloître, qui n’a d’autre que le nom de son fondateur originaire; ce que vous pouvez facilement reconnaître par la Trinité tri-personnelle qui se trouve sur la porte majeure de l’église, et au-dessous, comme enserré par les nuages, se trouve le soi-disant *Œil de Dieu*, ce qui signifie que le faux a remporté la victoire sur le vrai. Ces moines-esprits vont encore naturellement à pieds déchaussés, et sont toujours couverts du même habit; mais si vous voulez voir la scolastique intérieure, elle ne consiste en rien autre, sinon que ces moines, extérieurement, se comportent et font des gestes, comme autrefois, les vrais augustiniens se sont comportés. Mais si vous demandiez à l’un d’eux pourquoi il le fait, vous ne recevrez aucune réponse, ou, si jamais vous en aviez une, ce serait à peu près la suivante: Nous faisons cela en tant que pénitents constants pour l’amour du Ciel, puisque le Royaume des Cieux réclame violence; et ceux qui ne l’arrachent pas à eux, par la violence, ne l’auront pas non plus. De cela, vous pouvez facilement reconnaître quel est le vrai motif de leur vie sévère; et cela, quand ça va bien. Ils font tout pour l’amour du Ciel; ils aiment et même craignent le Seigneur, mais non pour Lui-Même mais bien plutôt, seulement à cause du Ciel et de l’enfer. Si le Seigneur leur enlevait l’enfer et changeait le Ciel d’oisiveté et de vie commode et du manger et du boire – comme ils le rêvent – pour un Ciel de travail, ils feraient bien vite un sigle de croix, de même que sur leur vie de pénitence, pour se choisir le Ciel de délices, d’oisiveté et de commodité. Ainsi vont les choses, dans le meilleur des cas; mais dans de nombreux couvents, le strict accomplissement de la Règle n’est qu’un moyen politique, pour s’assurer de considérables avantages temporels, et en venir naturellement en possession. Et cette façon d’agir est même d’espèce infernale, et un opprobre devant le Seigneur. Cependant, cela nous ne le constaterons pas ici, parce que ceux qui se comportent ainsi, se trouvent dans le profond occident, et même si la chose est basse, dans l’enfer. C’est pourquoi ici, nous tomberons seulement sur de rigides aspirants, au Ciel, qui veulent servir, comme ouvriers pris à la journée, avec la sévère observance de la Règle de leur Ordre. Que le couvent apparaisse aussi ici, comme tel, cela dérive du fait qu’en eux-aussi il y a la croyance matérielle dans le jour du Jugement; et, de cette croyance, vous verrez en ce couvent, toutes les variations qui dérivent de la fausse idée de base que l’âme après la mort physique – suite à certains concepts mal compris de l’ancienne scolastique mystique – continue à vivre ou bien dans le soi-disant *Psychopannychie*, c’est-à-dire dans un sommeil minéral de l’âme, ou bien dans une vie inactive en Paradis, et entre autre, aussi dans un Ciel conquis aussitôt après la mort.