Que comprendre de la tentation d’Adam et Eve, de Job par Satan ?

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber)

En version audio

Alors, l’un des Pharisiens convertis à Emmaüs s’avança et dit : « Seigneur et Maître, nous savons à présent ce qu’il en est vraiment des possédés, et qui sont les esprits malins qui s’emparent parfois de la nature humaine ; pourtant, dans l’Écriture, il est fait mention très clairement des vrais démons primitifs et de Satan, leur prince, et il est dit aussi que Satan, également appelé Lucifer, a été chassé par Dieu et rejeté dans le feu éternel de l’enfer avec la foule innombrable des anges qui avaient pris exemple sur lui. L’Écriture dit également comment, sous la forme d’un serpent, Satan a causé la chute des premiers êtres humains, et comment Dieu, à travers lui, a éprouvé le pieux Job. Qu’en est-il donc, selon Ta nouvelle doctrine, de Satan et des diables qui lui sont soumis ? Qui est Satan, qui sont les diables, et où sont-ils ? S’il nous est vraiment accordé de connaître tous les secrets du royaume de Dieu, il faut que nous sachions cela aussi ! Fais-nous donc la grâce immense de nous l’expliquer d’une manière compréhensible. »
Je dis : « J’en ai déjà beaucoup dit là-dessus, et Mes plus anciens disciples savent à quoi s’en tenir ; mais puisque tu es encore novice auprès de Moi, tu as bien le droit de poser des questions sur ce qui ne t’a pas encore été expliqué, aussi, écoute-Moi. Vois-tu, tout ce que l’espace infini contient de matière est jugé, et par là consolidé, par la puissance de la volonté divine ! S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait ni soleil, ni lune, ni terre, ni la moindre créature dans tout l’infini de l’espace ; Dieu seul existerait dans la contemplation de Ses grandes pensées et idées. Mais, de toute éternité, Dieu expulse en quelque sorte Ses pensées et les incarne par la toute-puissance de Sa volonté. Ces pensées et idées incarnées de Dieu ne sont cependant pas des corps à proprement parler, mais plutôt du spirituel jugé, et les réceptacles où mûriront des êtres autonomes. Ce sont donc des créatures destinées à survivre éternellement, comme par leurs propres forces, aux côtés de leur Créateur visible pour elles. En tant que spirituel jugé, toutes les créatures sont encore impures et immatures au regard du pur esprit libre, et, comparées au bien qu’est le pur esprit, elles ne peuvent donc être considérées comme bonnes, mais seulement comme étant encore en soi mauvaises et méchantes. Par « Satan », tu dois donc entendre toute la Création matérielle en général, et par « diables », ses éléments individuels. Si, en ce monde, un homme vit selon la volonté reconnue de Dieu, il s’élève par là au-dessus de la captivité des créatures pour entrer dans la liberté incréée de Dieu. Mais un homme qui ne croit pas en Dieu et ne veut donc pas se conformer à Sa volonté révélée aux hommes s’enfonce toujours plus profondément dans la matérialité des choses créées et devient spirituellement impur, mauvais et voué au mal, donc un diable ; car, comme il a été dit, tout ce qui est uniquement créé et jugé est impur, mauvais et méchant comparé à la pureté de l’esprit libre incréé, non que Dieu ait jamais pu créer quoi que ce soit d’impur, de mauvais ou de méchant, mais en soi, premièrement parce que, pour qu’il y ait existence, il faut qu’il y ait création douée d’intelligence, de force et, pour l’homme, de libre arbitre, et ensuite parce que, pour accéder si possible à l’autonomie, la créature doit faire usage par elle-même de ce qui lui a été donné à la création et en quelque sorte le faire sien. Mais pour Dieu, il n’y a rien d’impur, de mauvais ni de méchant ; car tout est pur à Celui qui est pur, tout ce que Dieu a créé est bon, et il n’y a donc en face de Dieu ni Satan, ni diables, et par conséquent ni enfer. Seules les choses créées peuvent être tout cela, tant qu’elles doivent rester créées et jugées et, en fin de compte, qu’elles veulent le rester, lorsqu’elles disposent du libre arbitre. Ainsi donc, lorsqu’il est dit dans l’Écriture que Satan a séduit le premier couple humain sous la forme d’un serpent, voici ce que cela signifie : le premier couple humain, connaissant Dieu et Sa volonté, s’est laissé séduire par les charmes du monde matériel, et la convoitise de la chair jugée leur a dit : « Voyons ce qui arrivera si nous agissons contre la volonté de Dieu, que nous connaissons bien. Car c’est Dieu même qui nous a laissés libres de nos actes ; en faisant cela, nous ne pouvons donc pas perdre en connaissance, mais seulement gagner. Car Dieu sait assurément ce qui résultera de nos actes libres, mais nous ne le savons pas ; aussi, pour une fois, faisons comme bon nous semble, et nous saurons alors d’expérience ce que Dieu seul savait jusqu’ici ! » Et c’est ainsi que, voulant faire leur propre expérience, tous deux ont mangé du fruit de l’arbre défendu de la connaissance et se sont enfoncés d’un nouveau degré dans leur matière jugée, que l’on peut appeler « mort » par comparaison avec la vie libre de l’esprit. Ils reconnurent bientôt que le jugement de la nécessité était dans leur chair, et la mort qui, lorsque l’amour du monde croît, peut engloutir même une âme libre dans son jugement et son asservissement, et c’est ainsi qu’ils ont perdu le pur paradis qui consistait dans l’union totale de l’âme avec son esprit car leur âme, blessée par l’aiguillon de la matière, avait désormais fort à faire pour se maintenir aussi libre que possible par-delà le jugement de la nécessité créée, comme c’est aujourd’hui le cas de tous les hommes – et si Je suis venu en ce monde, c’est afin de leur montrer à nouveau le chemin de la vraie vie, et de leur rendre par Ma doctrine le paradis perdu. Il en fut de même pour Job. Cet homme fort heureux possédait de grands biens terrestres. Mais c’était aussi un homme sage et soumis à Dieu, qui observait rigoureusement la Loi. Pourtant, à cause de son extraordinaire opulence, sa chair devenait de plus en plus exigeante, sollicitant sans cesse l’esprit en elle. L’esprit jugé de la chair dit en quelque sorte à l’âme : « Je veux voir si, avec toutes mes joies et mes peines terrestres, je ne pourrais pas te détourner de ton Dieu, lasser ta patience et te soumettre à ma loi !  » Ce fut pour Job un dur combat car, d’un côté, il avait à sa disposition toutes les joies terrestres et en jouissait, mais elles ne régnaient pas sur son âme pour autant, et celle-ci demeurait unie à son esprit. Comme l’esprit malin de la matière ne parvenait pas à ses fins de cette manière, l’âme de Job fut éprouvée par toutes sortes de désagréments physiques qui sont dépeints dans l’Écriture. Mais, bien qu’il murmurât parfois et se plaignît de sa misère, il les supportait tous avec patience et finissait toujours par reconnaître que Dieu lui avait d’abord donné tout ce qu’Il lui reprenait à présent et qu’Il pouvait lui rendre, cela d’autant plus qu’Il le lui avait repris afin de fortifier son âme dans l’esprit. Et s’il en est ainsi, qui était donc ce Satan qui éprouva tant le pieux Job ? C’était l’esprit jugé de sa chair, c’est-à-dire les multiples désirs de celle-ci ! Mais en réalité, il n’y a jamais eu ni vraie personne de Satan, ni premiers diables personnels, ailleurs que dans la matière jugée du monde sous toutes ses formes. Et si les anciens sages ont fait de Satan et des diables toutes sortes de description horribles, c’est afin que l’âme se représente sous autant de formes cruelles la détresse d’une vie libre retombée dans l’esclavage du jugement de la matière. »

(Le Seigneur : ) « Moi-même, J’ai un jour fait apparaître à Mes premiers disciples une figure symbolique de Satan qui les a grandement effrayés. Et les premiers patriarches de cette terre faisaient souvent cela ; mais ils n’y ajoutaient pas d’explication verbale, parce que les Anciens, sages en esprit, connaissaient les correspondances profondes et comprenaient donc bien ces représentations symboliques, et c’est pourquoi ils disaient : il est terrible de tomber aux mains du jugement de Dieu, autrement dit : il est terrible pour une âme qui a déjà atteint la pleine conscience de soi de retomber dans la prison de la matière par le jugement immuable de la volonté divine. Que cela apparaisse à l’âme comme une chose terrifiante, chacun peut le constater en voyant un mourant qui n’a pas encore atteint la complète régénération spirituelle. Pourquoi une telle âme redoute-t-elle tant la mort de son corps ? Parce que, encore prisonnière du nécessaire jugement du corps, elle croit qu’elle mourra avec lui ! Et vous pouvez constater et reconnaître qu’il en est bien ainsi avec tous ceux qui ne croient pas, ou très difficilement, à la survie de leur âme, parce que celle-ci est totalement ou en grande partie enfouie dans le jugement de la chair, et doit donc en éprouver la mort jusqu’à ce que Ma volonté l’en sépare tout à fait. À présent que, Je l’espère, vous avez bien reconnu ce qu’il en est réellement de Satan et de ses diables, vous pouvez comprendre de vous-mêmes que l’enfer doit avoir la même signification : comme Satan, c’est le jugement éternel de la nécessité, c’est-à-dire le monde et sa matière. Mais pourquoi Satan est-il également appelé prince des ténèbres et du mensonge ? Parce que la matière n’est pas ce qu’elle paraît être, et que celui qui conçoit de l’amour pour son apparence et accepte d’en devenir esclave se place à l’évidence dans le règne du mensonge et, par opposition à la lumière de la vérité, dans le règne des ténèbres. Celui qui, par exemple, aime trop les prétendues richesses du règne de la matière morte, les considère et les estime pour ce qu’elles semblent être et non pour ce qu’elles sont en réalité, se trouve bien dans le royaume du mensonge, parce que son amour et sa raison d’être, en l’enfonçant dans la matière, l’a comme aveuglé, et qu’il lui sera bien difficile de quitter cette nuit pour s’élever à nouveau vers la lumière de la parfaite vérité. Mais celui qui ne considère l’or que comme une apparence symbolique par laquelle est représentée la bonté de l’amour en Dieu, de même que l’argent pur représente la vérité de la sagesse en Dieu, celui-là connaît la vraie valeur de l’or et de l’argent et se trouve donc dans le règne de la vérité, et son âme ne sera pas étouffée par l’illusion et son jugement. Ainsi, chez les Anciens et chez tous les prophètes, l’or, l’argent et les diverses espèces de pierres précieuses n’avaient que leur seule vraie signification ; en tant que matière, elles étaient sans valeur et ne pouvaient donc mettre l’âme en péril. La connaissance de la vraie valeur de la matière leur a permis d’en comprendre très vite les propriétés naturelles et d’en trouver le véritable usage. Mais, avec le temps, les hommes en sont venus à apprécier et à considérer la matière pour son éclat et son apparence ; ils se sont alors soumis au jugement et sont devenus aveugles, cruels, cupides, avares, menteurs, querelleurs, malhonnêtes, orgueilleux, méchants, belliqueux et avides de conquête, tombant ainsi dans l’idolâtrie et le paganisme, c’est-à-dire l’enfer proprement dit, dont Moi seul pouvais les délivrer. C’est pourquoi J’ai dû Moi-même Me revêtir de la matière et avec elle du jugement, que Je dois briser pour devenir la porte de la vie éternelle, afin que tous ceux qui sont tombés puissent franchir cette porte s’ils le veulent. C’est pourquoi Je suis la porte de la vie, et la Vie même. Qui ne Me franchit pas ne vivra pas dans la lumière de la vérité éternelle et de la liberté, mais restera esclave du jugement de la matière. Mais une autre question s’ensuit de celle-là : n’existe-t-il donc vraiment ni Satan, ni diables personnels ? Et Je vous réponds : oh, que si ! Il en existe même qui sont encore incarnés en ce monde, et bien plus encore dans l’au-delà sans cesse occupés à exercer sur ce monde leur influence maligne, à travers les esprits bruts de la nature qui, pour leur maturation, vivent encore dans la matière, mais aussi sans intermédiaire, par des suggestions, des encouragements et des tentations cachés. Ils connaissent fort bien les faiblesses des hommes, et, lorsqu’ils remarquent qu’ils y sont disposés, s’emparent d’eux et attisent chez eux des passions brûlantes. Et, une fois que la faiblesse d’un homme est devenue passion brûlante, il se trouve déjà tout entier dans l’état de jugement de la matière et de ses esprits malins, et il lui sera dès lors bien difficile de s’en libérer. Satan résume le jugement de toute la matière : sa personne n’existe pas en soi, mais doit être considérée comme la réunion des diables de toute espèce, non seulement de cette terre, mais de tous les mondes de l’espace infini de la Création, tout comme les innombrables gousses globales constituent, une fois toutes assemblées, le gigantesque Homme de la Création dont Je vous ai déjà parlé. En plus petit, bien sûr, la réunion de tous les diables d’une planète est aussi un Satan, et chaque diable individuel est en soi un petit Satan. Mais, tant qu’il n’y a pas d’hommes sur une planète, il n’y a pas non plus de diables personnels, mais seulement les esprits jugés et immatures qui sont dans la matière de tout corps céleste : quant à la matière, c’est tout ce que vous percevez par vos sens. Cependant, vous pouvez aussi admettre que nulle part sur les corps célestes il n’y a de pires diables que sur cette terre elle-même. Si cela leur était permis, ils feraient un très mauvais sort à cette terre et à ses habitants – mais cela ne leur est pas permis, et c’est précisément pour l’empêcher qu’ils sont frappés d’un aveuglement complet, donc d’une très grande bêtise, et que leurs unions ressemblent aux établissements de cette terre où les fous dangereux sont enfermés en lieu sûr afin de ne pouvoir nuire à autrui. Après ce que vous avez entendu, vous comprenez sans doute tous très clairement et sans plus de questions ce qu’il en est de Satan et de ses diables.