L’or et le luxe

Extrait du Grand Évangile de Jean (de Jacob Lorber)

En version audio

Celui-ci arriva peu après sur des plats d’argent, et le vin lui aussi fut servi dans de grandes coupes d’argent. Quant à Moi, J’avais un plat et une coupe de l’or le plus pur, aussi demandai-Je à l’aubergiste pourquoi il avait fait cela, car Je ne M’étais jamais complu dans ce luxe terrestre. Se prosternant devant Moi, il (l’aubergiste) Me répondit : « Seigneur et Maître, je sais bien que Tu n’a jamais pris plaisir à ces choses, et qu’on ne peut Te complaire qu’en T’honorant et en Te glorifiant d’un cœur plein d’amour pur, mais Tu as déjà trouvé en moi un homme qui T’honorait et Te glorifiait par-dessus tout dans son cœur, et qui le fera bien plus encore à présent. J’ai donc pensé que ce serait péché de ne pas T’honorer, Toi, le Seigneur suprême du ciel et de la terre, comme on a coutume de le faire pour les hommes de bien ! N’as-Tu pas créé toute cette terre avec tout ce qu’elle contient, donc également l’or et l’argent, et ces métaux que les hommes ont reconnu de longue date comme les plus nobles et les plus précieux ne témoignent-ils pas eux aussi de Ton amour, de Ta sagesse, de Ta puissance, de Ta grandeur et de Ta gloire ? Ainsi, dans ma simplicité, j’ai pensé qu’il était mieux de T’honorer aussi à notre manière humaine avec ces métaux, Toi qui es leur Créateur, plutôt que d’en faire un usage usuraire honteux ou de mener pour eux des guerres sanglantes, faisant s’abattre sur la pauvre humanité mille malheurs comme échappés de l’enfer ! » Je dis : « Oui, oui, en cela, tu as raison assurément, et si tous les hommes pensaient comme toi et suivaient ton sentiment, l’or, l’argent, les perles et toutes les pierreries ne feraient jamais leur malheur ! Mais, comme les hommes se sont mis à penser autrement, parce qu’ils voyaient qu’on honorait Dieu avec l’or, l’argent, les perles et les pierres précieuses et qu’ils en ont donc conçu une autre idée, il serait fort peu sage à Dieu de Se faire honorer par ce qui a toujours causé parmi les hommes les plus grands malheurs. Les patriarches de cette terre, qui pensaient comme toi, ont adoré Dieu devant des autels d’or et d’argent, ils ont chanté leurs prières de louange dans des temples richement ornés d’or, d’argent et de pierreries, comme tu peux le voir au Temple de Jérusalem. Mais qu’en a-t-il résulté ? C’est justement par là que ces métaux, que les perles et les pierres précieuses ont acquis dans l’imagination des hommes une valeur si excessive ! Or, ayant finalement conçu une trop haute idée de la valeur de ces objets de culte, les hommes se sont mis à fouiller toujours davantage la terre, cherchant toujours plus d’or, d’argent, de perles et de pierres précieuses et oubliant peu à peu Dieu, à qui ils croyaient faire un honneur qui leur vaudrait des faveurs extraordinaires lorsqu’ils pouvaient déposer sur Son autel les plus gros morceaux d’or, d’argent ou de pierre précieuse. Cependant, comme les hommes n’étaient pas tous aussi habiles à trouver ces choses qui devaient les rendre agréables à Dieu, ils ont demandé aux patriarches, qui étaient aussi leurs prêtres, combien de brebis, de vaches, de bœufs, de veaux ou de béliers ils devaient offrir en sacrifice à la place de telle quantité d’or ou d’argent pour être aussi agréables à Dieu que ceux qui pouvaient Lui offrir cela. Mais les notables ou prêtres n’ont pas tardé à s’apercevoir qu’il était facile, et peut-être sans danger, d’associer au culte divin un commerce lucratif qui pouvait également fort bien servir à l’édification et à l’apaisement des hommes. C’est ainsi que les prêtres se sont mis à peser l’or, l’argent, les perles et les pierres précieuses et à leur fixer une valeur en nombre de bêtes diverses, et par la suite en mesures de grain, de fruits, de bon bois de construction, de vin, d’étoffe et d’une quantité d’autres objets. C’est ainsi que sont nés le commerce de troc et la monnaie, mais aussi les changeurs usuriers, puis l’envie, la haine, la colère, la persécution, le mensonge et la tromperie, la concupiscence et le luxe, la grandeur des souverains, l’orgueil et le mépris entre les hommes, parce qu’on n’appréciait plus leur valeur selon la noblesse de leur âme, mais seulement selon le poids d’or, d’argent, de perles et de pierreries qu’ils possédaient, selon la taille de leurs troupeaux, de leurs champs, de leurs vignes et de leurs autres biens. Il va de soi que les pauvres enviaient les riches et cherchaient à leur soustraire leurs biens par toutes sortes de ruses, ce qui n’a pas tardé à causer vol, pillage et meurtre. Car, lorsque le matérialisme prend toujours plus le dessus, l’esprit dépérit, et Dieu finit par n’être plus pour les hommes qu’une vieille idée usée, vaine et sans valeur, qu’ils ne sont plus capables de se représenter ; l’athéisme complet, et avec lui tous les maux concevables, deviennent monnaie courante parmi des hommes qui ont perdu toute conscience. Les hommes prennent les armes, ceux qui s’estiment les meilleurs cherchant à soumettre par force les plus mauvais ; et, lorsqu’ils y parviennent, ils dictent des lois dont la non-observation est sévèrement punie. C’est ainsi qu’apparaissent sur terre les souverains et, à l’opposé, les esclaves. Ce sont l’or, l’argent, les perles et les pierres précieuses qui causent tout cela, quand les hommes, les prenant pour la matière la plus noble et la plus pure, s’en servent de quelque manière que ce soit pour un culte extérieur ! Or, Dieu a Lui-même déjà pourvu de toute éternité à Son adoration et à Sa glorification extérieures ; car Il a créé pour cela le ciel et toute la nature visible – cette terre tout entière, la Lune, le Soleil et les astres innombrables, dont la plupart sont des corps célestes lumineux d’une taille à peine concevable, aux immenses étendues couvertes de choses et de créatures d’une beauté merveilleuse, et cela suffit à la gloire extérieure du grand Dieu et Maître éternel de toute chose, qui n’a nul besoin pour cela de l’or, de l’argent, des perles et des pierreries taillées et polies de cette terre. La vraie glorification de Dieu, et la seule qui Lui plaise, consiste et consistera toujours en une seule chose : un cœur pur, qui aime Dieu par-dessus tout et son prochain comme lui-même, donc – ce qui est la même chose – observe fidèlement les commandements qu’Il a donnés à tous les hommes à travers Moïse ; tout le reste est vanité et folie, même de la part d’un homme pur et qui plaît à Dieu. Et lorsque ce sont des gens tels que les Pharisiens ou les prêtres et prêtresses idolâtres, ou encore d’autres faux dévots, faux serviteurs et hypocrites, qui, contre de l’argent ou d’autres présents considérables, offrent cette adoration extérieure à un Dieu en qui ils ne croient pas et n’ont jamais cru, non seulement cela n’a aucune valeur devant Dieu, mais c’est une abomination à Ses yeux, de même que tout ce qui est grand et brillant aux yeux du monde. Souviens-toi de cela, ami, puisque tu l’entends aujourd’hui de la bouche de Celui qui ne saurait être honoré ni glorifié par la matière, mais seulement par un cœur et une volonté purs et totalement soumis à Lui ! »