Les écoles de prophètes

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber)

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Or, pendant le repas, l’aubergiste Me demanda s’il ne devait pas avertir en secret le médecin de Ma présence en ce lieu. Je lui dis : « Ce serait peine perdue, car lui et sa femme sont partis à la campagne, et ils n’en reviendront que dans deux jours. Lorsqu’ils viendront te voir, il sera encore temps de leur apprendre tout ce qui se sera passé ici en leur absence. Mais pour l’heure, mangeons et buvons sans plus être dérangés ! » Sur quoi nous poursuivîmes tranquillement notre repas, et l’aubergiste fit de même avec son fils guéri, tous deux louant sans fin l’excellence des poissons. Et l’aubergiste ne put s’empêcher de faire cette fort bonne remarque : « Seigneur et Maître, je crois que les premiers poissons créés dans les eaux de la Terre ont dû, comme ceux-ci, avoir bien meilleur goût que ceux qui se sont ensuite conçus entre eux ; car ces poissons-ci n’ont pas été conçus, mais nouvellement créés par Toi, Seigneur et Maître, et c’est pourquoi ils ont ce goût extraordinaire. Je dis : « Oui, oui, il se pourrait bien que tu aies raison ! Et c’est ainsi également que la parole qui sort de Ma bouche est plus puissante et plus active que celle du prophète qui la reproduit ; cependant, la parole reproduite peut atteindre en tout homme à la même puissance, si les actes l’ont bien préparée dans le cœur et dans la volonté. Ma parole est déjà vie en soi, et elle donne vie à celui qui l’entend d’un cœur bon – car alors, la vie qui est à l’origine de toute vie se change aussitôt en celle de l’homme ; mais la parole du prophète n’est qu’un guide fidèle qui montre aux hommes comment accéder à Ma parole vivante et, à travers elle, à la vie de l’esprit. Je vous le dis à tous : tout homme devra finalement être instruit par Dieu en lui-même ; car celui qui n’en vient pas à apprendre du Père, qui est l’esprit de Dieu en Moi, le chemin du pur amour de Moi et du prochain, celui-là ne vient pas à Moi, le Fils de l’amour éternel, qui suis Moi-même la lumière, le chemin, la vérité et la vie éternelle ; car Je suis la sagesse du Père en Moi. Il est vrai que vous ne comprenez pas encore tout à fait cela, mais vous le comprendrez lorsque vous renaîtrez dans Mon esprit, après Mon ascension ; car c’est l’Esprit de toute vérité, éternellement vivant en Lui-même, et il vous mènera à toute sagesse. Tu avais donc bien raison de dire que les poissons nouvellement créés sont incomparablement meilleurs que ceux qui se reproduisent entre eux par la suite. » L’aubergiste dit alors : « Seigneur et Maître, j’ai entendu dire bien des choses à propos de l’ancienne école des prophètes, qui était fort courante au temps des Juges, mais a continué d’exister sous les Rois, et quasiment jusqu’à nous. Je n’ai encore jamais pu saisir tout à fait clairement en quoi consistaient les enseignements et les pratiques de cette école, mais, lorsqu’un homme était devenu prophète en toute vérité, c’était incontestablement l’esprit de Yahvé qui parlait par sa bouche, ce que beaucoup de grands prophètes ont d’ailleurs démontré par leurs actes. En quoi consistaient donc les enseignements et les pratiques de ces écoles de prophètes ? » Je dis : « Mon ami, ce qui se passait alors, et qui ne faisait que préfigurer sous diverses formes symboliques le temps présent, est aujourd’hui accompli devant toi ! Des enfants bien élevés depuis la naissance par des parents respectueux de Dieu, avant tout, bien sûr, des garçons, qui devaient bien sûr et en premier lieu être robustes et en parfaite santé physique, étaient admis dans ces écoles par des juges et des prêtres à la manière d’Aaron. Ils devaient d’abord apprendre à bien lire, écrire et compter, puis on leur enseignait l’écriture, c’est-à-dire les livres de Moïse, et ensuite la géographie des pays et des peuples du monde connu. En outre, ils étaient tenus non seulement de connaître les commandements de Dieu, mais de les observer strictement, autant que possible de leur plein gré et de leur propre décision. Par ailleurs, on les soumettait, selon leur âge et le degré de développement de leur esprit, à toutes sortes d’épreuves et d’examens qui les amenaient à prendre conscience intérieurement du degré de force qu’ils avaient acquis pour résister au monde et à ses attraits. Ils devaient avant tout se garder de la paresse, mère de tous les autres péchés et maux, raison pour laquelle ils étaient également tenus à toutes sortes de travaux physiques adaptés à leurs forces. Une fois qu’ils avaient grandi et s’étaient fortifiés dans le renoncement à soi-même et la maîtrise de soi en toute chose, on leur faisait explorer leur for intérieur grâce à la science des correspondances, et, s’unissant ainsi à la volonté de Dieu qu’ils connaissaient bien et observaient depuis l’enfance, ils parvenaient à la foi agissante et à la volonté inflexible qui leur permettaient dès lors d’accomplir certains signes, parce que leur propre volonté autonome s’était unie à la volonté de Dieu, et que la foi, vraie lumière vivante des cieux, ne laissait plus place au doute dans leur cœur illuminé. Une fois que tout cela s’était pleinement réalisé en eux, c’est par leur foi vivante et par leur propre volonté totalement unie à celle de Dieu qu’ils s’emplissaient de l’esprit de Dieu selon leur capacité personnelle. Leur vision intérieure en était élargie, et ils voyaient en des images symboliques des événements futurs qu’ils consignaient ensuite pour la postérité. Celui qui parvenait à cet état où il recevait des visions accédait aussi à la parole intérieure vivante, c’est-à-dire qu’il entendait en lui la voix de Yahvé, et c’était cette parole divine que le prophète annonçait aux hommes telle qu’elle était sortie de la bouche de Dieu, et il devait faire cela, parce que l’esprit de Dieu en lui l’y poussait. Voilà ce que c’était que l’école des prophètes, et comment les hommes étaient formés dans ces véritables écoles de vie. »

(Le Seigneur : ) « Mais il est souvent arrivé aussi que des hommes pieux, qui avaient toujours cru fermement en Dieu et L’aimaient dans leur cœur, deviennent de vrais prophètes sans cette école préalable. Moïse et Aaron étaient eux-mêmes de grands prophètes sans avoir connu aucune école, car c’est leur foi, leur cœur dévoué à Dieu et Dieu Lui même qui fut leur école. De la même façon, Élie, Jonas, Josué et Samuel sont devenus de vrais prophètes sans école, car Dieu fut en personne leur Maître et leur école. Les patriarches aussi furent pour la plupart des voyants et des prophètes sans école, car Dieu seul, en qui ils avaient une foi sans faille, avait été leur école par la révélation de Sa volonté. Même à cette époque-ci, il y a eu des voyants et des prophètes qui n’avaient suivi aucune école ; car Dieu ne considère jamais que le cœur des hommes, et non l’école ou ils ont acquis telle ou telle aptitude. Vois Mes disciples : aucun d’eux n’a jamais connu d’école de prophètes, et pourtant, ils feront de bien plus grandes choses que tous les anciens prophètes ; car Moi seul suis leur Maître et leur école, et il en sera désormais ainsi jusqu’à la fin des temps terrestres. Beaucoup d’écoles seront certes édifiées dans l’avenir, et il en sortira d’innombrables faux maîtres et prophètes, mais très peu d’authentiques et fidèles à la volonté de Dieu. En vérité Je te le dis : à l’avenir, seul deviendra voyant et prophète celui qui croira en Moi, M’aimera par-dessus tout et son prochain comme lui-même, et qui observera Ma doctrine dans ses actes ! Et c’est aussi pourquoi ceux qui Me crieront avec foi : « Seigneur, Seigneur ! » n’entreront pas tous dans Mon royaume, mais seulement ceux qui feront Ma volonté clairement exprimée dans Ma doctrine. Aussi, ne soyez pas seulement de vains auditeurs de Ma parole, mais accomplissez-la sans tarder, et vous aussi, vous recevrez en vous le royaume de Dieu. Mais ne vous attendez pas à ce que le royaume de Dieu, qui est celui de la vie intérieure, vienne jamais aux hommes accompagné de signes extérieurs ni d’une quelconque pompe extérieure, car il est en vous ! Qui le cherche en lui-même de la manière que Je vous ai enseignée et ne le trouve pas ainsi, le cherchera en vain dans le monde entier et dans tous les astres. Le chemin du vrai royaume vivant de Dieu est donc un sentier fort étroit, souvent semé d’épines. Son nom est humilité et parfaite abnégation de soi, et il est tout à fait inaccessible aux hommes mondains. Mais les épines du chemin du Royaume ne blesseront pas les pieds de ceux qui croient en Moi et observent Mes commandements. Seul le commencement en est ardu et difficile ; mais quand la détermination persiste et ne se laisse pas affaiblir par les considérations mondaines il est finalement bien facile de conquérir tout à fait le royaume de Dieu. Car à celui qui aspire avec une telle détermination au royaume de Dieu en lui, Mon joug est doux, et léger le fardeau que Je lui donne à porter, et ceux qui cherchent sérieusement le vrai royaume de Dieu, Je les appellerai toujours en leur disant dans leur cœur: « Venez à Moi, vous tous qui êtes las et affligés ! J’ai déjà fait plus de la moitié du chemin à votre rencontre, et Je veux vous fortifier et vous réconforter ! » Mais ceux qui, tout en me criant « Seigneur, Seigneur ! », n’ont pour premier souci que les choses de ce monde et ne chercheront en quelque sorte qu’en second lieu et en passant ce qui est du royaume de Dieu, Je leur dirai : « Qu’avez-vous à M’appeler et à crier, hommes de ce monde ? Mon cœur ne vous a pas encore reconnus. Trouvez l’aide que vous cherchez auprès de ce qui vous occupe ! » En vérité Je vous le dis : il sera bien difficile à de tels hommes de jamais trouver le vrai royaume vivant de Dieu en eux-mêmes, et ils seront de mauvais maîtres et de mauvais prophètes pour leurs voisins ; mais, dans l’au-delà, il sera encore bien plus difficile à ces âmes à demi mortes de chercher et de trouver le royaume de Dieu en elles. Aussi, que chacun travaille tant que dure le jour ; car ensuite vient la nuit, où il est difficile de travailler ! – As-tu bien compris, Mon ami, ce que Je viens de dire ? » L’aubergiste : « Oui, Seigneur et Maître de toute chose, je Te rends grâce de cet enseignement du plus profond de mon cœur ! À présent, je vois clairement ce que sont les anciennes écoles des prophètes. Et c’est pourquoi je Te supplie aussi de bien vouloir venir à ma rencontre et à mon secours dès le premier pas, quand je marcherai plus sérieusement que je ne l’avais fait jusqu’ici sur l’étroit sentier épineux du royaume de Dieu, afin que je poursuive sans fatigue, sans découragement ni impatience cet étroit chemin de la vie ! »