Le Triple sens de la Parole de Dieu

Extrait du Grand Évangile de Jean, de Jacob Lorber

Le voisin éloigné dit : « Ô Seigneur, nous l’oserions peut-être à présent, si seulement nous savions de quoi ! Mais il faut tenir compte de ce que, comme il est bien compréhensible, nous sommes encore trop remplis de la pensée de tout ce que nous avons vu, entendu et appris aujourd’hui. Mais s’il m’était permis de Te poser une question, en ce qui me concerne, ce serait celle-ci : voudrais-Tu nous dire, ou me dire à moi seul, ce qu’il adviendra de moi dans l’au-delà, après la mort certaine de ce corps ? L’âme séparée demeurera-t-elle consciente, ou ne le redeviendra-t-elle qu’après la résurrection de la chair annoncée par les prophètes ? On dit que cette grande résurrection sera le jour du Jugement dernier, et qu’en ce jour de terreur, les justes recevront de Dieu leur récompense éternelle au ciel, et les pécheurs leur châtiment éternel en enfer. Ce sont là des enseignements auxquels mon sentiment comme ma raison n’ont jamais pu s’accoutumer tout à fait ! Faut-il les prendre au pied de la lettre, ou sinon, comment faut-il les comprendre ? En vérité, si cela devait réellement arriver ainsi, le destin de l’humanité est bien triste, et, dans ces conditions, il vaudrait mille fois mieux n’être jamais né et devenu homme ! Combien de milliers de milliers d’hommes ne savent rien de notre religion et sont d’obscurs païens, et, sans qu’il y ait de leur faute, il faudrait qu’ils soient punis éternellement dans l’effroyable fournaise de l’enfer ?! Vraiment, quand je considère bien la sagesse, l’amour et la bonté de Dieu, une telle fin pour des hommes me paraît presque impossible ! Ô Seigneur, Tu sauras assurément mieux nous expliquer cela ! Car s’il en est ainsi, nous sommes, nous les hommes, les créatures les plus malheureuses de-toute la terre ! »
Je dis : « Mes chers amis, il est difficile de vous expliquer tout cela maintenant en peu de mots ; mais Je l’ai expliqué à Mes disciples dans les moindres détails, et ils vous le rediront. Quant à ce que les prophètes en ont écrit sous la dictée d’une inspiration intérieure, ils l’ont décrit par des images qui ne sont que des symboles des pures vérités qu’elles contiennent. Ainsi, celui qui connaît l’ancienne science des correspondances saura bien vite ce que signifient toutes ces descriptions des prophètes. Vous n’avez jamais entendu parler de ces correspondances et ne connaissez donc de l’Écriture que son sens littéral grossier ; mais il y a toujours, dans les écrits symboliques des prophètes, un triple sens : le premier spirituel selon la nature, le deuxième purement spirituel, le troisième enfin purement céleste, venu du cœur de Dieu. Le premier sens définit la vie morale de l’homme en tant qu’homme de nature, de telle sorte qu’une bonne éducation puisse l’amener à penser et à agir de manière à ne pas demeurer attaché à la matière, mais à s’en éloigner et à ne s’en servir que dans la mesure où elle l’aide à mieux pénétrer et comprendre le spirituel pur. Celui qui agit ainsi trouvera aisément, lorsqu’il recevra l’instruction nécessaire, la correspondance entre matière et esprit. Quand il l’aura trouvée, il ira du sens spirituel au sens céleste ou purement spirituel, d’où l’on passe facilement au céleste purement divin. C’est alors seulement qu’il comprendra pleinement et que lui sera pleinement dévoilé tout ce que signifient et contiennent les écrits des prophètes. Et celui qui croit que les seules images matérielles sont le fin mot des Écritures prouve simplement qu’il n’est lui-même encore que matière nécessairement jugée, et que ce jugement demeure dans sa conscience et dans ses sentiments tout le temps de sa vie terrestre, le laissant suspendu à la crainte et à l’angoisse qu’après la mort de son corps, son âme entre elle aussi dans cet état purement matériel qui est celui par lequel les Écritures, dans leur langage imagé, décrivent et représentent l’état de la matière elle-même. Mais, Je te le dis et vous le dis à tous, ce qui se passe dans l’au-delà est bien différent des images symboliques par lesquelles l’Écriture le représentent. Les paroles de l’Écriture sont comme la coquille d’un œuf, qui contient en elle trois choses : le blanc, le jaune, et enfin, au centre du jaune, le petit amas rougeâtre qui est le germe de la vie. Or, cet enveloppement doit être présent dans tout ce qui existe dans le monde matériel, afin que nul ne puisse jamais profaner le divin qui est tout au fond. Et puisqu’il y a du spirituel, du céleste et du divin dans toutes les choses de la nature, ce qui montre avec évidence l’omniprésence de la volonté divine, tout ce qui existe au monde a son correspondant dans le règne des esprits, au ciel et enfin en Dieu Lui-même. Mais Mes disciples savent à présent bien des choses, et ils vous expliqueront clairement cela dans le détail pendant Mon long séjour parmi vous, et ils auront mainte occasion de vous montrer qu’ils sont bien Mes disciples — à l’exception d’un seul, qui, parce que son âme est encore trop âpre au gain, n’a pas encore compris grand-chose. Mais les onze autres et le scribe Matthieu sont déjà des hommes d’une grande sagesse divine, et vous apprendrez beaucoup d’eux, si vous les écoutez. » Pierre dit alors : « Seigneur, Ton témoignage divin vaut plus que tous les témoignages du monde, mais nous sommes bien loin de le mériter ! » Je dis : « Les hommes de ce monde n’ont pas d’autre mérite que celui d’être à l’image de Dieu, et c’est bien pourquoi tout homme doit aimer et respecter son prochain. Ainsi, tout homme qui entend Ma parole, y croit et s’y conforme est digne que Je dise du bien de lui ; car si un homme témoigne pour Moi, Je témoigne Moi aussi pour lui auprès de Mon Père dans les cieux de toute vie, et Mon témoignage est le plus recevable qui soit. Mais quand Je témoigne pour lui devant le monde, Je ne le fais pas pour le glorifier aux yeux du monde, mais Je montre par là que la vérité qui est en lui vient de Dieu. Aussi pouvez-vous bien supporter Mon témoignage !»