Le Sens Interne

Le Sens Interne


Emmanuel Swedenborg :

« On dit généralement que la Parole est de Dieu, qu’elle a été, Divinement inspirée, et que par suite elle est Sainte; mais on a toujours ignoré jusqu’à présent où réside en elle le Divin; car la Parole, dans la lettre, apparaît comme un Écrit vulgaire, d’un style étrange, n’étant ni sublime ni brillant, comme le sont en apparence les Écrits du siècle. De là vient que l’homme, qui adore la Nature au lieu de Dieu ou de préférence à Dieu, et qui par suite pense d’après lui-même et d’après son propre, et non d’après le Ciel procédant du Seigneur, peut facilement tomber dans l’erreur au sujet de la Parole, avoir du mépris pour elle, et dire en lui-même quand il la lit: Qu’est-ce que ceci? Qu’est-ce que cela? Est-ce que ceci est Divin? Est-ce que Dieu, dont la Sagesse est infinie, peut parler ainsi? Où est la Sainteté de ce Livre et d’où vient-elle, sinon d’une Religiosité, et de la persuasion qui en résulte. Mais celui qui pense ainsi ne considère pas que Jéhovah le Seigneur, qui est le Dieu du Ciel et de la Terre, a prononcé la Parole par Moïse et par les Prophètes, et que par suite elle ne peut être que le Divin Vrai, car ce que Jéhovah le Seigneur prononce Lui-Même est ce vrai; il ne considère pas non plus que le Seigneur Sauveur, qui est le même que Jéhovah, a prononcé la Parole dans les Évangélistes, la plus grande partie de sa propre bouche, et le reste d’après l’Esprit de sa bouche, qui est l’Esprit Saint, par ses douze Apôtres: de là vient qu’il dit Lui-Même que dans ses Paroles il y a Esprit et Vie, qu’il est Lui-Même la Lumière qui illustre, et qu’il est la Vérité; ce qui est évident par ces passages qui suivent: « Jésus dit :Les paroles que Moi je vous prononce sont Esprit et sont Vie. » – Jean, VI, 63. – « Jésus dit à la femme qui était près de la fontaine de Jacob: Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire, tu lui (en) aurais demandé, et il t’aurait donné une eau vive. Celui qui boira de l’Eau que Moi je lui donnerai n’aura point soif durant l’éternité; mais l’eau que je donnerai, deviendra en lui une fontaine d’Eau jaillissante pour la vie éternelle. » – Jean,IV, 6, 10, 14; – La Fontaine de Jacob signifie la Parole, comme aussi au Deutéronome, XXXIII, 28; c’est même pour cela que le Seigneur, parce qu’il est la Parole, s’assit là et parla avec la femme; et l’Eau vive signifie le Vrai de la Parole. « Jésus dit: Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Quiconque croit en Moi, comme dit l’Écriture, des fleuves de son ventre couleront d’Eau vive. » – Jean, VII, 37, 38, – « Pierre dit à Jésus: tu as les paroles de la Vie éternelle. » – Jean, VI, 68. – « Jésus, dit: Le Ciel et la Terre passeront, mes paroles ne passeront point. » – Marc, XIII, 31. – Que les paroles du Seigneur soient la Vérité et la Vie, c’est parce qu’il est Lui-Même la Vérité et la Vie, comme il l’enseigne dans Jean: « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » – XIV, 6. – Et dans le Même: « Au commencement était la Parole, et la Parole était chez Dieu, et Dieu était la Parole; en Elle était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes. » – Jean I: 1, 2, 4. Par la Parole est entendu le Seigneur quant au Divin Vrai, dans lequel Seul est la Vie et est la Lumière. C’est de là que la Parole, qui vient du Seigneur, et qui est le Seigneur est appelée « FONTAINE D’EAUX VIVES » – Jérém. II, 13. XVII, 13. XXXI, 9; – « FONTAINE DU SALUT » – Esaïe, XII, 2, 3; – « FONTAINE » – Zach. XIII, 1; – « et FLEUVE D’EAU VIVE ».- Apoc. XXII, 1; – et qu’il est dit « que l’Agneau, qui (est) au milieu du Trône, les paîtra et les conduira aux Sources vives des eaux. » – Apoc. VII, 17. – Et en outre dans d’autres passages, où la Parole est aussi appelée SANCTUAIRE et TABERNACLE, où le Seigneur habite avec l’homme. Le Sens spirituel n’est pas celui qui brille d’après le sens de la lettre de la Parole, quand quelqu’un scrute et explique la Parole pour confirmer quelque dogme de l’Église, ce sens-ci peut être appelé, sens littéral et Ecclésiastique de la Parole; mais le Sens Spirituel ne se montre pas dans le sens de la lettre, il est au dedans de lui, comme l’âme dans le corps, comme la pensée de l’entendement dans les yeux, et comme l’affection de l’amour dans la face. Ce Sens fait principalement que la Parole est spirituelle, non-seulement pour les hommes, mais encore pour les Anges; c’est pourquoi la Parole par ce Sens communique avec les Cieux. Comme la Parole intérieurement, est spirituelle, c’est pour cela qu’elle a été écrite par de pures Correspondances, et ce qui a été écrit par, des Correspondances a été écrit, dans le dernier sens, d’un style tel que celui des Prophètes, des Évangélistes et de l’Apocalypse, lequel, quoiqu’il semble vulgaire, renferme néanmoins en soi la Sagesse Divine et toute Sagesse Angélique. Du Seigneur procèdent, l’un après l’autre, le DIVIN CÉLESTE, le DIVIN SPIRITUEL et le DIVIN NATUREL. Est appelé DIVIN CÉLESTE tout ce qui procède de son Divin Amour, et tout cela est le Bien; est appelé DIVIN SPIRITUEL tout ce qui procède de sa Divine Sagesse, et tout cela est le Vrai. Le DIVIN NATUREL vient de l’un et de l’autre, il en est le complexe dans le dernier. »

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber) :

« Songe combien le langage d’aujourd’hui est différent de celui des temps anciens. Il y a mille ans, on ne s’exprimait qu’en images et en paraboles. En vérité, toute la langue n’était que poésie, et c’est pour cette raison que les Anciens écrivaient tout en vers et même parlaient communément ainsi entre eux ; car la prose vulgaire, comme on la nomme, n’est apparue que plus tard, quand les hommes foncièrement corrompus se sont enfermés dans la vie purement matérielle de la chair. Il est donc bien possible, malgré tout, que les prophètes et visionnaires de l’ancien temps aient décrit et désigné le vrai Dieu aux hommes, et les hommes les comprenaient alors certes mieux que nous ne le faisons aujourd’hui ; mais leur observance très stricte des sages commandements de Dieu que l’on sait amena dès leurs premiers descendants une grande prospérité. Ils devinrent très vite arrogants, sensuels et grossiers. De tels hommes n’eurent bientôt plus que faire de la langue imagée de l’âme, et, en peu de temps, ils cessèrent tout à fait de comprendre cette langue des anciens prophètes.
On commença dès lors à s’en tenir au sens littéral, qui tue au lieu de vivifier, et le cœur lumineux de la vérité ne tarda pas à se perdre. Nous tous qui sommes ici, à l’exception de deux d’entre nous, nous n’avions aucune idée que la vérité pût avoir un sens spirituel caché, et tout ce que nous avions entendu dire des prophètes et des oracles nous semblait, comme à toi, d’une parfaite absurdité. Mais ces deux qui sont parmi nous, et surtout l’Un d’eux, nous ont fait revenir de notre erreur et montré à quel point nous comprenions mal les anciens visionnaires et prophètes. Cette fausse compréhension devait bien sûr engendrer des principes de vie également pervertis, et de là d’innombrables autres folies, et les religions ne pouvaient finalement guère faire meilleure figure que tout ce que les hommes faisaient et produisaient par ailleurs. Et, parce que l’humanité en est venue à ce point de misère spirituelle où elle ne pouvait manquer de se sentir totalement abandonnée par l’influence spirituelle supérieure de Dieu, l’égoïsme a commencé à se développer et à se cuirasser, flairant partout des ennemis et s’armant contre leurs possibles attaques, comme un homme qui, surpris par la nuit dans une épaisse forêt et redoutant les créatures hostiles, met tout en œuvre pour se défendre contre les ennemis qui pourraient vouloir l’assaillir. Oui, la peur en mène plus d’un jusqu’au point où, cessant tout à fait d’imaginer qu’il puisse exister une seule créature amie, il s’enferme et devient un parfait avare qui amasse tout ce qu’il peut pour se rassurer et ne laisse quiconque l’approcher ! Il entoure sa maison de hautes murailles, enferme ses richesses dans des coffres d’airain et souvent les enfouit sous la terre, en un lieu où nul ne passe jamais.
Dans ces conditions, l’homme devient alors souvent tyrannique, il s’entoure de tous les moyens de la force et, de peur que quelque chose lui manque, s’empare impitoyablement de tout ce qu’il peut. Demande à un tel avare pour qui il amasse toutes ces choses, puisqu’il ne saurait venir à bout en mille ans de tout ce qu’il a entassé. Il verra aussitôt en toi son pire ennemi et ne voudra plus te parler. Voilà, au sens spirituel, ce que sont devenus les prêtres principalement. Il est vrai qu’ils sont extérieurement les dépositaires de la tradition des anciens prophètes, et que la plupart les lisent et les étudient ; mais c’est précisément pourquoi ils sont les premiers et les plus nombreux à se perdre dans une épaisse forêt de ténèbres et de doutes d’où ils ne parviennent plus à sortir. Parce qu’ils sont prêtres, ils se doivent devant le peuple de faire croire, au prix de fastes insensés, qu’ils savent quelque chose ; mais ils ne savent et ne comprennent rien, si ce n’est — mais cela, ils le gardent pour eux — qu’ils ne savent, ne comprennent et ne connaissent rien ! C’est pourquoi ils passent leur temps à chercher la meilleure manière de cacher au peuple leur totale ignorance et de se voiler d’un épais rideau de fumée, en quoi ils n’ont pas tâche trop pénible, eux qui ont su — ce qui est bien plus difficile — réfléchir assez pour s’apercevoir qu’ils ne savaient rien. Avec le temps, bien sûr, certains parviennent, souvent de manière fortuite, à se rapprocher de la vérité ; mais, à cause de l’ignorance dans laquelle le peuple a été plongé, ils ne peuvent plus renverser l’édifice du mensonge établi. Ils doivent continuer de nager avec le courant et tout au plus entretenir en secret leur juste conviction. Crois-moi, dans toute religion quelle qu’elle soit, il y a parmi les prêtres des hommes qui ne connaissent que trop la fausseté de leur enseignement extérieur et qui savent fort bien qui est le vrai Dieu unique, à qui ils sont tout dévoués dans leur cœur ; mais, une fois pour toutes, ils ne peuvent plus rien changer au vieil édifice trompeur ! Patiemment, ils laissent cela à Celui qui a le pouvoir d’abattre quand II le voudra et le jugera bon les temples du mensonge. Car c’est bien Lui qui sait le mieux pourquoi II a permis que tous ces temples des faux dieux et des idoles soient bâtis, fortifiés et défendus par le glaive ! Si tu considères bien tout cela, tu dois commencer au moins à entrevoir un peu plus clairement que, malgré toute ta sagacité et ton expérience, les raisons que tu as avancées en tant que complet athée ne sont pas toutes parfaitement justifiées, loin de là, et que tu es encore bien loin de la pure vérité intérieure ! »