Le pharisien et le publicain

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber)

Les poissons étaient bons, et non moins le vin. Moi-même, Je mangeai et bus de bon cœur, si bien que certains des Juifs grecs furent frappés de ce qu’un homme tel que Moi, imbu de l’esprit de Dieu, pût manger et boire tout comme un autre. Ayant bien remarqué cela, Je leur dis : « Le corps réclame son dû tout comme l’esprit ; nous devons à présent fortifier nos membres qui en ont besoin, mais ensuite, l’esprit ne sera pas oublié. Que nul ne s’imagine rendre à Dieu un service agréable lorsqu’il jeûne ou revêt le cilice pour expier ses péchés au vu de tous — car seul est agréable à Dieu celui qui mange et boit avec reconnaissance ce que Dieu lui envoie, afin de fortifier son corps et de pouvoir ainsi travailler utilement pour lui-même et pour son prochain, et qui, lorsqu’il commet quelque péché, le reconnaît comme tel, s’en repent, le déteste et ne le commet plus, s’amendant ainsi véritablement. Il en est certes beaucoup, hélas, qui ne passent leur vie qu’à manger et à boire. Ils ne se soucient que de leur ventre et de leur personne. L’amour du prochain leur est étranger, et, s’ils voient un pauvre, ils lui crachent dessus et lui interdisent de franchir le seuil de leur maison. Avec leur ventre toujours plein, ils ne peuvent éprouver les tourments de la faim et de la soif. Ce sont là les vrais gloutons, qui font sans cesse bombance afin de tenir leur corps toujours prêt à tout ce qui est luxure, concupiscence, fornication et adultère. Telles sont la gloutonnerie et l’ivrognerie, qui ne permettront jamais à quiconque d’entrer au royaume de Dieu.
Mais il en va de même de ces hypocrites qui jeûnent, font pénitence en portant le cilice et apportent ostensiblement des offrandes au Temple pour racheter leurs péchés, afin que le peuple les considère comme justifiés et les loue, mais qui, ensuite, regardent chacun de haut, méprisent tous ces pécheurs supposés et évitent du plus loin qu’ils les aperçoivent ceux qu’ils n’ont pas vus jeûner, faire pénitence sous le cilice et sacrifier au Temple. Je vous le dis : ceux-là aussi sont une abomination devant Dieu ; car leur cœur est endurci, et de même leur esprit et leurs sens. Ils jugent leur prochain sans la moindre indulgence et balaient devant la porte du voisin sans voir l’énorme tas d’immondices devant leur propre porte. En vérité, Je vous le dis : dans l’au-delà, il sera donné à ces saints et ces justes du Temple exactement à l’aune de ce qu’ils auront donné ici-bas ! Je vous le dis : celui qui juge ici-bas sera jugé dans l’au-delà ; mais celui qui ne juge personne que lui-même ne sera pas jugé dans l’au-delà, mais aussitôt reçu dans Mon royaume ! Et Je vais vous montrer par une image quelle est pour un homme la vraie manière de se justifier, et la seule valable devant Dieu. Écoutez-Moi donc. (Luc 18,9.)
Deux hommes montèrent au Temple ; l’un était un Juif riche, par ailleurs vivant strictement selon la Loi, l’autre un publicain. (Luc 18,10.) À son arrivée au Temple, le Juif se plaça tout devant l’autel et dit à voix haute : « Mon Dieu, je Te rends grâces ici, devant Ton autel, de ce que je ne suis pas comme tant d’autres ! (Luc 18,11.) Car, ô Seigneur, Seigneur, Tu m’as donné une bonne et ferme volonté, et tous les autres biens terrestres, et cela m’a permis, à moi seul, de suivre parfaitement tous Tes commandements. Ah, quel bien cela fait à mon âme, au déclin de mes jours, d’être parfaitement juste devant Toi ! » (Luc 18,12.) Quand il eut ainsi récité devant Dieu toute la litanie de ses bonnes actions justes selon la Loi, il déposa sur l’autel une riche offrande, puis, satisfait de lui-même au plus haut point et la conscience tout à fait tranquille, il sortit du Temple et s’en fut chez lui, où ses gens ne furent pas si contents de voir leur sévère maître, car sa conscience nette, son sens rigoureux de l’ordre et de ce qui était juste selon la Loi ne voyait en eux que défauts et péchés. Le publicain pécheur, lui, entra dans le Temple plein de repentir et demeura tout au fond, n’osant regarder l’autel tandis qu’il se disait en lui-même : « Ô Seigneur, ô Dieu très juste, très saint et tout-puissant, je suis un trop grand pécheur, indigne de lever les yeux sur Ton sanctuaire ; mais Toi, aie pitié de moi malgré tout! » (Luc 18,13.) Eh bien, lequel de ces deux hommes, selon vous, rentra chez lui justifié en quittant le Temple ? »
Les Juifs grecs s’entre-regardèrent sans trop savoir ce qu’ils devaient répondre; car, à leurs yeux, seul pouvait être justifié le Juif qui respectait la loi jusqu’à la dernière virgule. Selon leur jugement, le publicain pécheur ne pouvait pourtant pas quitter le Temple plus justifié que ce Juif !
Et Je leur dis : « Vous vous trompez ! Le Juif n’est pas du tout sorti justifié du Temple ; car il s’est lui-même justifié à haute voix devant tous, a attiré sur lui les regards, l’attention, la louange et l’admiration de tous, et s’est donc récompensé lui-même. Mais ce sentiment de sa propre valeur n’est-il pas une sorte d’orgueil, et même l’une des pires ? Car enfin, il n’en sort que la haine, le mépris et la persécution de tous ceux qu’il ne juge pas égaux à lui. Un tel homme est-il vraiment justifié devant Dieu ? Oh, que non, il s’en faut de beaucoup ! Mais le publicain, lui, est justifié devant Dieu ; car il est plein d’humilité et s’estime bien plus mauvais que les autres hommes. Il ne hait ni ne méprise personne, et se réjouit même qu’on ne le méprise et ne le fuie pas davantage. — Qu’en dites-vous ? N’ai-Je pas bien jugé ?» (Luc 18,14.) Tous dirent alors : « Ô Seigneur, Toi seul as raison en toute chose, et nous ne sommes que des hommes aveugles et pécheurs ! Aussi nos jugements ne peuvent-ils que nous ressembler. Oh, c’est vraiment là une image fort juste ; car nous avons souvent eu l’occasion d’observer de ces apologistes qui, au Temple, faisaient d’eux-mêmes un portrait aussi brillant que le soleil, et dont on ne peut même pas dire qu’ils dissimulaient, puisque, en vérité, ils n’observaient que trop scrupuleusement les lois. Mais ils n’en étaient que plus insupportables, car, s’ils suivaient la Loi, ce n’était pas pour y avoir reconnu la volonté et l’ordonnance divines, mais bien comme si la Loi était leur œuvre, et afin de pouvoir, en hommes respectueux des lois, exercer d’autant plus d’influence sur leurs serviteurs et leurs gens, et leur reprocher d’autant mieux leurs défauts et leurs vices. Ayant pu observer cela bien souvent, nous concevons d’autant mieux la parfaite vérité de cette parabole, et nous Te rendons grâce, ô Seigneur, pour cet enseignement si plein de vérité. » Je dis : « Eh bien, en ce cas, ne soyez pas pusillanimes, et mangez et buvez si vous en avez encore l’envie ! Quant à Moi, Je reprendrai un peu de ce poisson. » Là-dessus, tous reprirent du poisson, et firent également honneur au vin.

Extrait du Soleil Spirituel (Jacob Lorber)

En ce palais qui se trouve devant nous, habitent des fidèles à la foi chrétienne de la secte dite des Calvinistes. Trois d’entre eux étaient riches sur la Terre; mais ici ils ne sont pas les plus riches, mais appartiennent plutôt à la domesticité. Mais les deux que vous avez aperçu les premiers, à l’entrée du jardin, vous pouvez encore les voir, étaient sur la Terre, les plus malheureux. Lui, était berger sur les Alpes suisses, et elle était aussi une malheureuse gardienne de vaches. Avec le temps, ce pieux berger reconnut les bonnes qualités chrétiennes de la jeune fille, et il en fit son épouse selon sa confession.
Ce couple passa honnêtement et toujours ensemble sa vie, jusqu’à la dernière heure. Ils eurent plusieurs enfants, qu’ils élevèrent avec sévérité, selon leur confession chrétienne; et cette base fut aussi fidèlement maintenue par cinq branches de la famille. Et ainsi, vous pouvez voir ici – cas on ne peut plus rare – une famille vraiment bienheureuse, liée par les liens du sang, composée des parents, des enfants et des petits-enfants. Le couple que nous voyons est donc l’ancêtre de toute la famille. Les trois plus humbles de la compagnie sont vraiment aussi des parents, mais de cette catégorie qui, par suite d’heureuses circonstances terrestres se sont mondainement élevés. Par suite de leur richesse terrestre, ainsi que de leur position mondaine favorable, ils ont joui sur la Terre de pas mal d’avantages et de commodités, qui sont toujours restés ignorés des autres membres de la famille, restés pauvres. C’est la raison pour laquelle ces trois doivent être soumis ici à des renoncements de ce dont les plus pauvres membres de la famille peuvent jouir en grande abondance. Indépendamment de cela, ces trois sont cependant heureux ici, en mesure pour vous inexprimable; parce qu’ils ont employé leur position mondainement élevée, et leur richesse, pour la plus grande part, à des fins bonnes.
Du moment que nous sommes ici, faisons toutefois une petite visite à ces deux premiers habitants qui se tiennent toujours devant l’entrée de leur jardin, et ceci justement afin que vous puissiez constater de quel esprit ils sont animés; allons donc là-bas, pendant un court moment. Voilà qu’ils nous ont déjà aperçus, et qu’ils s’empressent de venir à notre rencontre; cependant, comme vous voyez, soudain ils s’arrêtent. Quelle peut en être la cause ? Ils sentent encore quelque chose de matériel en vous, c’est pourquoi ils préfèrent attendre que nous nous approchions d’eux. Et voici; nous sommes près d’eux, et le très bel homme nous accueille avec les paroles suivantes: « Je vous salue dans la pure lumière du Seigneur! Puis-je, moi, l’infime serviteur de cette demeure, vous demander quel sentiment pur et bon vous a guidés ici ? » Je dis: « Cher ami, ta demande est juste et opportune, et le ton de tes propos est aussi rempli de la très pure Sagesse du Ciel, mais tu vois, il y a une chose dont tes paroles manquent, et cette chose c’est l’Amour ! « Tu es magnifiquement en place dans ton économie domestique, et, de ta pure sagesse, découle ta splendide propriété; cependant, tu vois, un minuscule petit grain dans le Royaume de l’Amour du Seigneur, vaut d’infinies fois plus que toute cette magnificence. « Tu vois, ceux qui m’accompagnent sont des disciples de l’Amour; et moi, je suis maintenant pour eux, par l’Amour le plus élevé, un Guide au nom du Seigneur; et c’est de ce point de vue que tu dois me reconnaître et m’accueillir ! « Tu vois, la pureté des mœurs est une vertu splendide, et le juste est un Ami du Seigneur. Cependant, sache que si quelqu’un est un pécheur, et qu’il fait pénitence par Amour pour le Seigneur, celui-là Lui est plus agréable que quatre vingt dix neuf de ceux dont tu es, toi, qui dans toute la pureté de tes mœurs n’as jamais eu besoin de faire pénitence. « Et toi, ô pure épouse de cet homme pur, en vérité, ta vie a été le chemin pour ce splendide Royaume. Cependant, vois-tu, dans l’Éternel Orient (Matin) demeurent pas mal de ton sexe qui, très souvent ont péché contre leur chair. « Ces pécheresses ont reconnu leur faute, et se sont humiliées, pleines de repentir devant le Seigneur, et elles s’enflammèrent ensuite de tant d’amour pour Lui, qu’elles ne cherchèrent rien autre que Lui, que la Grâce qu’Il eût assez de miséricorde envers elles pour les accueillir, après leur mort, parmi les plus malheureuses qui pouvaient jouir justement de Son Infinie Miséricorde. « Et tu vois, elles demeurent maintenant, extrêmement bien, dans la constante compagnie du Seigneur, dans l’éternel matin !
En vérité, ici tout est splendide et solennel, mais une misérable cabane de paille dans le Royaume où demeure le Seigneur, est infiniment supérieur à toute cette splendeur! » Regardez à présent comment ce couple se frappe la poitrine, et tous les deux disent d’une seule voix: « O puissants Amis du Seigneur, en peu de mots, vous avez dit des choses infinies. « Et depuis longtemps nous pressentions qu’il devait y avoir quelque chose de plus haut et de plus sublime que ce qu’il y a ici, nous ne connaissions pas la voie; d’autant plus que notre sagesse savait créer ici ce qu’il y a de plus élevé. « A présent, au contraire, nous savons que cela était seulement une concession, afin que nous puissions reconnaître toujours plus, par cela, l’Amour. Dis-nous donc ce que nous devons faire, pour nous rendre dignes de recevoir ne serait-ce même qu’une goutte de l’Amour fondamental véritable. » Et maintenant je leur dis: « Cher ami, et toi chère amie, n’avez vous jamais entendu ce que le Seigneur a dit au jeune homme riche ? : Donne toutes tes richesses aux pauvres, et puis suis-Moi ! « En outre, n’avez-vous jamais lu ce passage dans l’Évangile, où il est dit que le Seigneur a fait une comparaison qui vaut pour l’éternité; lorsque dans le temple, aux premières places, un pharisien juste faisait remarquer au Seigneur ses œuvres agréables et conformes à la Loi de Moïse, tandis qu’au fond du temple, un pauvre pécheur se frappait la poitrine et disait: « Ô Seigneur, je ne suis pas digne d’élever mon regard vers Ton Tabernacle ! Qui a été justifié ici par le Seigneur ? Vous dites: L’humble pécheur. Vous voyez donc que, de cela, vous pouvez facilement déduire, quelle est la Vraie Voie qui conduit au Seigneur. « Vous-aussi, faites en tout autant, car la Parole du Seigneur a sa pleine validité également dans les Cieux, et cela, pour toutes les éternités. Et écoutez encore: « Devant Lui il n’y a rien qui puisse vraiment se considérer corme juste et pure; car LUI Seul est pur, bon et miséricordieux ! Ne vous considérez pas parfaits, mais bien plutôt faites ce que fit le pécheur dans le temple, non ce que fit un compagnon de crucifixion du Seigneur bien connu de vous; et seulement alors vous trouverez la vraie justification qui est l’Amour exclusif pour le Seigneur. Devenez pauvres complètement, si vous voulez vous enrichir de l’immense Grâce de l’Amour du Seigneur ! »