L’Amour du Seigneur

L’Amour du Seigneur


Emmanuel Swedenborg et Jacob Lorber :

« On sait que la Loi promulguée du haut de la Montagne de Sinaï a été gravée sur deux Tables: que l’une concerne Dieu, et l’autre les hommes; que ces deux tables dans la main de Moïse n’en étaient qu’une, dont la partie droite contenait ce qui a rapport à Dieu, et la partie gauche ce qui a rapport aux hommes, et qu’ainsi offerte aux yeux des hommes l’écriture de l’une et de l’autre partie était vue en même temps, de sorte qu’une partie était en aspect de l’autre, comme Jéhovah parlant avec Moïse et Moïse avec Jéhovah face à face, ainsi qu’on le lit. Cela a été fait de cette manière, afin que les Tables ainsi unies représentassent la conjonction de Dieu avec les hommes, et la conjonction réciproque des hommes avec Dieu; c’est pour cette raison que la Loi gravée a été appelée l’Alliance et le Témoignage; l’Alliance signifie la conjonction, et le Témoignage signifie la vie selon ce qui a été convenu. D’après ces deux Tables ainsi unies on peut voir la conjonction de l’Amour envers Dieu et de l’Amour à l’égard du prochain. La Première Table enveloppe toutes les choses qui appartiennent à l’Amour envers Dieu, lesquelles principalement sont: Qu’il faut reconnaître un Seul Dieu, la Divinité de son Humain, et la Sainteté de la Parole, et que ce Dieu doit être adoré par les choses saintes qui procèdent de Lui. La Seconde Table enveloppe toutes les choses qui appartiennent à l’Amour à l’égard du prochain; ses cinq premiers préceptes, celles qui appartiennent au fait et sont appelées œuvres; et les deux derniers, celles qui appartiennent à la volonté, ainsi celles qui appartiennent à la Charité dans son origine, car dans ces deux préceptes il est dit: Tu ne convoiteras point; et quand l’homme ne convoite point les choses qui appartiennent au prochain, alors il lui veut du bien. Cette amour consiste à ambitionner d’être non le plus grand, mais le plus petit, en servant tous les autres, comme le Seigneur l’a dit Lui-même dans Matthieu : Il n’en sera pas ainsi parmi vous; mais quiconque voudra parmi vous devenir grand, devra être votre serviteur; et quiconque voudra être le premier devra être votre esclave; de même que le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner son âme en rédemption pour plusieurs. Ce céleste de l’amour consiste à vouloir être non à soi, mais à tous, au point de vouloir donner aux autres tout ce qu’on a; c’est en cela que consiste l’essence de l’amour céleste. Comme le Seigneur est l’Amour Même ou l’essence et la vie de l’amour de tous dans les cieux, il veut donner au genre humain tout ce qui est à Lui; c’est là ce qui est signifié quand le Seigneur dit que le Fils de l’Homme est venu pour donner son âme en rédemption pour plusieurs. Il est évident, d’après cela, que le nom et la gloire ont dans le sens interne une signification absolument différente de celle qu’ils ont dans le sens externe. C’est pourquoi tous ceux qui, dans le ciel, désirent devenir grands et très-grands sont rejetés, parce que ce désir est contraire à l’essence et à la vie de l’amour céleste qui procède du Seigneur; c’est de là aussi que rien n’est plus opposé à l’amour céleste que l’amour de soi. Personne ne peut être purifié des amours impurs, sinon celui qui est dans le vrai ; c’est par le vrai qu’il connaît ce qui est pur et ce qui est impur, ce qui est saint et ce qui est profane; avant qu’il ait ces connaissances, il n’existe pas de moyens dans lesquels et par lesquels puisse opérer l’amour céleste qui influe continuellement du Seigneur, et qui ne peut être reçu que dans les vrais; c’est pour cela que l’homme est réformé et régénéré par les connaissances du vrai, et qu’il ne l’est pas avant d’en avoir été imbu ; la conscience elle-même est formée par les vrais de la foi, car la conscience, dont le régénéré est gratifié, est celle du vrai et du droit. Ce qui appartient à l’Amour dominant est ce qui est aimé par dessus toutes choses. Ce que l’homme aime par dessus toutes choses est sans cesse présent dans sa pensée, parce que cela est dans sa Volonté et fait sa vie même; par exemple, celui qui aime par dessus toutes choses les richesses, soit qu’elles consistent en argent ou en possessions, est continuellement préoccupé des moyens d’en acquérir, il est intimement dans la joie quand il les acquiert, il est intimement dans la tristesse quand il les perd; son cœur est en elles. Celui qui s’aime par dessus toutes choses, celui-là en toute circonstance se souvient de lui, pense à lui, parle de lui et agit pour lui, car sa vie est la vie de soi-même. L’homme a pour fin ce qu’il aime par dessus tout. Il l’a en vue en toutes choses et en chaque chose; cela est dans sa volonté comme la veine cachée d’un fleuve, qui entraîne et emporte, même lorsqu’il s’occupe d’autre chose, car c’est ce qui anime. C’est là ce qu’un homme examine chez un autre, et voit même; et par là, ou il le dirige, ou il agit avec lui. L’homme est absolument tel qu’est le Dominant de sa vie; c’est par ce Dominant qu’il est distingué des autres; c’est lui qui fait son Ciel, s’il est bon, et son Enfer, s’il est mauvais; il est sa Volonté même, son Propre même, et sa Nature même, car il est l’Être même de sa vie; après la mort il ne peut être changé, parce qu’il est l’homme lui-même. Il y a deux Amours d’où découlent tous les biens et tous les vrais, comme de leurs sources mêmes; et il y a deux Amours d’où découlent tous les maux et tous les faux. Les deux Amours, d’où découlent tous les biens et tous les vrais, sont l’Amour envers le Seigneur et l’Amour à l’égard du prochain; et les deux Amours, d’où découlent tous les maux et tous les faux, sont l’Amour de soi et l’Amour du monde: ces deux Amours-ci, quand ils dominent, sont entièrement opposés aux deux autres Amours. Les deux Amours qui sont, comme il a été dit, l’Amour envers le Seigneur et l’Amour à l’égard du prochain, font le Ciel chez l’homme car ils règnent dans le Ciel; et comme ils font le Ciel chez l’homme, ils font aussi l’Église chez lui: les deux Amours, d’où découlent tous les maux et tous les faux, et qui sont, comme il a été dit, l’Amour de soi et l’Amour du monde, font l’Enfer chez l’homme, car ils règnent dans l’Enfer, conséquemment aussi ils détruisent l’Église chez lui. » 

Extrait du Grand Evangile de Jean (Jacob Lorber) :

La première qualité en Dieu est l’amour. Cet amour se retrouve dans toutes les choses créées, car rien ne pourrait exister sans lui. La deuxième qualité est la sagesse en tant que lumière née de l’amour. Elle aussi est perceptible dans la forme de tout être ; car, plus un être est capable de recevoir cette lumière, plus sa forme sera épanouie, définie et belle. La troisième qualité, issue de l’amour et de la sagesse, est la volonté agissante de Dieu. C’est elle qui donne aux créatures pensées une réalité qui les fait véritablement exister et être là sans quoi les pensées et les idées de Dieu ne seraient jamais rien de plus que les songes creux et les vaines idées que tu n’as jamais réalisés. La quatrième qualité, elle-même issue des trois premières, est l’ordre. Sans cet ordre, aucune créature n’aurait jamais de forme durable et constante, donc pas davantage de but défini. Car, lorsque tu attellerais un bœuf à ta charrue, s’il changeait de nature et de forme pour devenir par exemple poisson ou oiseau, pourrait-il jamais te servir à quoi que ce soit ? Imagine aussi que tu veuilles manger un fruit, et que celui-ci se change en pierre devant ta bouche : à quoi bon un tel fruit ? Ou bien, tu marcherais sur un chemin de terre ferme, et ce chemin se transformerait soudain en eau sous tes pieds : à quoi bon, en ce cas, le chemin le plus solide ? Vois-tu, c’est tout cela, et infiniment plus, que recèle l’ordre divin, quatrième esprit de Dieu. Quant au cinquième esprit de Dieu, c’est la gravité [(*) Aucun mot français ne traduit entièrement le mot allemand Ernst, qui a autant à voir avec la détermination, la fermeté et la constance qu’avec la « gravité » et le côté « sérieux » du caractère. Ce sérieux est plutôt celui des expressions « prendre au sérieux » ou « passer aux choses sérieuses» (parfois même les armes à la main). C’est pourquoi cette qualité s’ajoute à la précédente, Wille, qui est davantage le « vouloir » par opposition à l’aspect de « pouvoir » de la volonté, au principe de réalité. De même, comme nous avons déjà eu l’occasion de le signaler, la première qualité, l’amour, désigne plutôt, sans jugement de valeur, l’objet d’amour, la « préférence » (avec les deux pôles opposés : amour de soi et du monde, amour de Dieu et amour désintéressé du prochain), la sagesse (Weisheit) étant la faculté discriminative, l’intelligence qui « trie » les objets d’amour et suggère les moyens de les atteindre. (N.d.T.)] divine, sans laquelle rien ne pourrait exister de façon permanente, parce que cette qualité est identique à la vérité éternelle en Dieu, et que c’est à elle que tous les êtres doivent leur véritable permanence, leur reproduction, leur développement et leur accomplissement final. Sans cet esprit en Dieu, les créatures ne signifieraient encore que peu de chose. Elles seraient comme les mirages, qui ont certes l’air d’exister aussi longtemps qu’on les voit ; mais, très vite, les conditions qui les ont créés se modifient, et, parce qu’il n’y a en elles aucune réalité, ces belles images s’évanouissent dans le néant ! À les voir, elles paraissaient pourtant bien ordonnées ; mais, la cause qui les a produites n’ayant aucun but réel, elles ne peuvent être que des images vaines et transitoires, sans existence permanente. Ainsi, nous avons déjà passé en revue les cinq premiers grands esprits de Dieu ; il en reste encore deux, aussi, écoute-moi bien. Là où sont présents l’amour suprême, la suprême sagesse, la volonté toute-puissante, l’ordre parfait et la fermeté immuable, il faut à l’évidence qu’existe une patience suprême et à jamais inaccessible ; car sans cela, tout se précipiterait dans une course éperdue, et il en résulterait l’inextricable chaos décrit par les anciens sages. Lorsqu’un architecte bâtit une maison, outre toutes les qualités nécessaires, il ne doit pas oublier la patience ; car si elle lui faisait défaut, crois-moi, il ne viendrait jamais à bout de son œuvre. Je te le dis, si cet esprit n’était pas en Dieu, aucun soleil ne serait près de briller sur aucun monde dans l’espace infini, et le monde des esprits serait étrangement vide de toute existence. La patience est mère de l’éternelle et immuable miséricorde divine, et si ce sixième esprit n’était pas en Dieu, où seraient, que seraient toutes les créatures devant la seule toute-puissance de Dieu ? Ainsi, même lorsque, à cause de quelque défaillance, nous nous exposons à la malédiction destructrice de l’amour de Dieu, de Sa sagesse et de Sa volonté qui, pour pouvoir être ferme et sérieuse, doit nécessairement s’accompagner de l’ordre divin, nous rencontrons la patience divine qui, en dépit de tout, rétablit à la longue l’équilibre de toutes choses, car sans elle, toutes les créations, même les plus accomplies, seraient vouées au jugement éternel de la mort.
Avec les cinq esprits précédents, la patience divine pourrait certes créer et même faire exister indéfiniment sur les corps célestes un homme ou des hommes sans nombre ; mais alors, cet homme ou ces hommes innombrables vivraient un temps infini dans la pesante chair, et leur âme ne se verrait donc jamais délivrée enfin des liens de la matière. De plus, les animaux, les plantes et les hommes se multiplieraient continuellement, et, pour finir, il y en aurait un si grand nombre dans l’espace limité d’un corps céleste qu’ils seraient pressés les uns contre les autres au point de ne plus jamais connaître un instant de solitude. Cela à supposer qu’un corps céleste sous l’empire de la patience divine puisse jamais devenir suffisamment mûr pour porter et nourrir plantes, bêtes et hommes. Oui, s’il n’y avait en Dieu que les six esprits que tu connais déjà, la seule création d’un monde matériel serait d’une lenteur si infinie qu’il est fort peu probable qu’un monde fût jamais parvenu à se manifester matériellement dans ces conditions. Mais, comme je l’ai dit, la patience est mère de la miséricorde divine, aussi la miséricorde, que nous appellerons aussi douceur, est-elle précisément le septième esprit en Dieu. C’est elle qui arrange tout, qui met en ordre les six premiers esprits et permet qu’un monde et toutes les créatures qui s’y trouvent atteignent en temps utile la maturité. Elle a établi une durée précise pour toute chose, et c’est grâce à elle que la délivrance complète est accordée sans retard aux esprits parvenus à maturité qui deviennent dès lors parfaitement et à jamais libres et indépendants. C’est aussi par l’effet de ce septième esprit que Dieu Lui-même S’est revêtu d’une humanité charnelle, afin de délivrer au plus vite les esprits prisonniers des liens cruels du nécessaire jugement de la matière, et que cette œuvre aussi – la rédemption – puisse être appelée nouvelle création du ciel et des mondes, donc la plus grande œuvre de Dieu, parce qu’en elle, tous les sept esprits de Dieu agiront dans un équilibre parfait, ce qui n’était pas vraiment le cas auparavant et ne devait pas l’être, selon l’esprit d’ordre en Dieu. Car, jusqu’ici, ce septième esprit de Dieu que tu connais désormais n’œuvrait avec les six autres qu’afin que toutes les pensées et idées de Dieu deviennent réalité ; mais il agit désormais avec plus de force, et il en résultera la délivrance complète. Tels sont ces sept esprits de Dieu que tu ne comprenais pas, et tout ce que créent ces sept esprits de Dieu se réfère entièrement à eux et les contient. Et c’est la continuation incessante et jamais achevée de cette création et des choses créées que les anciens sages de la terre ont appelée « guerres de Yahvé ».
Raphaël : « Les sept esprits ou qualités spécifiques en Dieu sont donc en lutte permanente, en sorte que chacune pousse constamment les autres à agir, mais il est également facile de reconnaître dans toutes les créatures de Dieu l’existence de cette lutte. L’amour, en soi aveugle, n’aspire qu’à tout attirer à lui. Mais il s’enflamme dans cette recherche, et c’est ainsi que la lumière se fait en lui, et avec elle viennent l’intelligence et la connaissance des choses. Vois-tu à présent comment la lumière, en s’opposant aux efforts sporadiques de l’amour, le mène à la raison et à l’ ordre ? Mais cette lutte ou cette guerre éveille en même temps la volonté, bras armé de l’amour et de sa lumière, qui met en œuvre ce que la lumière a sagement ordonné. Mais l’amour éclairé par la connaissance, et la force de ces deux premières qualités, suscitent à leur tour l’ordre, et cet ordre lutte sans cesse, par la lumière et par la volonté de l’amour, contre tout ce qui n’est pas ordonné, et c’est là une nouvelle guerre de Yahvé, en Lui-même comme en toute créature. Ce serait déjà fort bien, si seulement on pouvait être assuré que ce que ces quatre premiers esprits ont si bien ordonné et mis en œuvre existera durablement ; mais les œuvres de ces quatre esprits, si glorieuses soient-elles, ressemblent encore beaucoup à ce que les enfants bâtissent en jouant : ils prennent plaisir à créer de main de maître toutes sortes de choses, mais leur œuvre cesse bientôt de leur plaire, et ils la détruisent avec plus d’ardeur encore qu’ils n’en avaient mis auparavant à la faire exister. Et s’il en était ainsi de la Création, en vérité, ami, elle ne durerait pas longtemps! Afin d’éviter cela, un cinquième esprit, la gravité, naît en Dieu et dans Ses créatures des quatre premiers esprits, comme l’effet du grand plaisir que donne la perfection de l’œuvre accomplie ; cet esprit lutte contre la destruction et l’anéantissement des œuvres créées, de même qu’un homme devenu raisonnable et sérieux, qui a par exemple bâti une maison et planté une vigne, fera ce qu’il faut pour que sa maison dure longtemps et que sa vigne produise, et ne s’emploiera certes pas à les détruire, comme les enfants font très vite de leurs œuvres. Et c’est là, comme je l’ai dit, une nouvelle guerre de Yahvé ! À la longue, pourtant, il apparaît que la maison a des défauts et que la vigne ne produit pas la récolte espérée, et le bâtisseur regrette ses efforts passés ; dans son zèle, il voudrait presque détruire son œuvre pour la refaire entièrement. Mais c’est alors que le sixième esprit vient s’opposer à cette résolution extrême, et c’est, comme je l’ai dit, la patience. C’est elle qui préserve la maison et la vigne, et c’est là une nouvelle guerre de Yahvé ! Cependant, la patience seule, ou même unie aux esprits précédents, ne ferait pas grand-chose pour améliorer la maison et la vigne, mais laisserait tout bonnement les choses en l’état ; et c’est là qu’intervient le septième esprit, la miséricorde, qui renferme en elle douceur, souci d’autrui, zèle, générosité active et charité. Et voici que l’homme améliore si bien sa maison que tous les défauts importants disparaissent, qu’il cultive et amende si bien sa vigne qu’elle lui donne bientôt une riche récolte ! Et cela, vois-tu, est encore un combat ou une guerre de Yahvé, en l’homme comme en Dieu et chez les anges ! Ainsi, la vraie vie parfaite en Dieu, chez les anges et en l’homme est une lutte incessante des sept esprits que je viens de te montrer. Mais, pour Dieu et les anges, le sens de ce combat n’est pas que chacun des sept esprits cherche à vaincre les autres et à les réduire à l’impuissance. Au contraire, il vise en permanence à ce que chaque esprit soutienne sans cesse les autres de toutes ses forces, et c’est pourquoi chacun de ces esprits renferme la totalité des autres. Ainsi, l’amour est contenu dans chacun des six autres esprits ; de même, la lumière ou sagesse est contenue dans l’amour et dans les cinq autres esprits, et ainsi de suite, si bien que, dans chaque esprit particulier, tous les autres sont constamment présents, pleinement agissants et se soutenant mutuellement dans un parfait équilibre. »
Raphaël : « Il devrait en être de même en l’homme ; mais ce n’est pas le cas, hélas. Cette faculté est certes donnée à tout homme, mais elle n’est jamais totalement achevée ni pleinement exercée. Quelques hommes sont parvenus à un point où les sept esprits œuvrent pleinement et à égalité en eux, et ils sont ainsi véritablement les égaux de Dieu et de Ses anges ; mais, comme je l’ai dit, beaucoup s’en sont détournés et ne s’en soucient plus, aussi ne connaissent-ils tout simplement pas le vrai secret de la vie. Ces aveugles à peine vivants ne peuvent donc pas davantage connaître le but de la vie qui est en eux, parce qu’ils sont dominés par un seul des sept esprits et se laissent mener par lui. Ainsi, l’un ne vit que par l’esprit d’amour et ne prête aucune attention aux autres esprits. Qu’est-ce qu’un tel homme, sinon un glouton et un fauve jamais rassasié ? Tous ces hommes sont des égoïstes remplis d’envie et de concupiscence, durs pour leur prochain. D’autres, dont l’amour est éclairé, sont fort sages et peuvent dispenser à autrui de bons enseignements ; mais, parce que leur volonté est faible, ils en restent aux intentions. Chez d’autres encore, les esprits d’amour, de sagesse et de volonté sont pleinement agissants, mais c’est l’esprit d’ordre et la vraie rigueur qui font défaut. Les hommes de cette sorte parleront avec beaucoup d’intelligence et même de sagesse, et réaliseront parfois certaines choses ; mais un vrai sage qui aura également développé en lui les sept esprits verra bien vite qu’il n’y a dans leurs discours et dans leurs œuvres ni ordre, ni cohérence. D’autres encore possèdent amour, sagesse, volonté et esprit d’ordre : mais c’est la détermination qui leur manque. Ils sont donc inquiets et craintifs et mènent rarement leurs œuvres à bonne fin. D’autres sont certes pleins de détermination et de courage, mais n’ont que peu de patience. Dans leur zèle précipité, ces hommes font souvent plus de mal que de bien. Oui, ami, rien ne peut s’accomplir sans une vraie patience, et celui à qui elle fait défaut prononce en quelque sorte son propre arrêt de mort! Car lorsqu’un homme veut faire une bonne vendange, il doit attendre que le raisin soit bien mûr. Si cela l’ennuie, il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même lorsque, au lieu de bon vin, il aura récolté une infâme piquette. L’esprit de patience est donc nécessaire en toutes choses : d’abord pour maîtriser et amener à la raison l’esprit que j’ai appelé rigueur ou détermination, et qui, sans cela, ne cesserait jamais d’agir – parce que cet esprit, lorsqu’il est allié à l’amour, à l’intelligence et à la volonté, dégénère souvent en un immense orgueil, dont on sait qu’il n’a pas de limites en l’homme ; ensuite parce que, comme je l’ai expliqué, la patience est mère de la miséricorde, esprit qui agit en retour sur tous les précédents et qui, seul, leur confère la perfection spirituelle divine et permet à l’âme de renaître pleinement et véritablement en esprit. C’est pourquoi le Seigneur en personne vous a recommandé avant tout l’amour de Dieu et du prochain, et qu’Il a ajouté ces paroles :  « Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux, et soyez doux et humbles comme Je le suis Moi aussi de tout cœur. » Le Seigneur a donc commandé aux hommes de perfectionner avant tout le septième esprit, parce que tous les précédents y sont contenus et parachevés. Ainsi donc, celui qui mettra tout son zèle à cultiver et à fortifier en lui le septième esprit cultivera et fortifiera aussi les esprits précédents, et sera donc assuré d’atteindre au plus vite la perfection. Mais celui qui commencera par constituer en lui l’un ou l’autre, ou même plusieurs des esprits précédents, ne parviendra jamais, ou très difficilement, à la perfection totale, parce que, seuls, les premiers esprits ne renferment pas en eux le septième, mais que celui-ci, au contraire, les renferme nécessairement tous. Et, vois-tu, c’est en cela que la chute des anges, ou des pensées et idées issues de Dieu – que nous pouvons aussi nommer forces qui émanent sans cesse de Dieu – dure aussi longtemps que, dans leur totalité, ils n’ont pas amené le septième esprit en soi à la vraie perfection dans l’être humain Car, pour une part, les esprits précédents sont donnés plus ou moins gratuitement à presque toutes les créatures ; mais le septième esprit, l’homme doit le conquérir tout entier par ses efforts et son zèle. Et, de même que les six esprits précédents n’accèdent que par cette conquête à leur vraie signification et au vrai but de la vie, ainsi l’homme tout entier n’accède t-il que par cet esprit à une vie autonome et à une liberté parfaite. Dis-moi à présent si tu as bien compris cela aussi. »