Le Chemin de l’ Amour

Le Chemin de l’Amour


« Un chef interrogea Jésus, et dit: Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui répondit: Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul. Tu connais les commandements: Tu ne commettras point d’adultère; tu ne tueras point; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; honore ton père et ta mèreJ’ai, dit-il, observé toutes ces choses dès ma jeunesse. Jésus, ayant entendu cela, lui dit: Il te manque encore une chose: vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieuxPuis, viens, et suis-moi. » Luc 18:18-22


Extrait du Soleil Spirituel (Jacob Lorber) :

J’aperçois quelqu’un qui se présente et dit: « Tout serait juste, mais comment devrait-on réaliser, en ce qui concerne Dieu Lui-Même, cette particulière Parole divine ? « Comment devrait-on aimer Dieu de manière appropriée, et en outre, en tout, par-dessus toute chose ? Devrait-on être amoureux de Dieu, à peu près comme un jeune époux est amoureux de sa très belle et très douce épouse ? « Ou bien devrait-on être amoureux de Dieu, comme un mathématicien est amoureux d’un calcul mathématique, ou bien un astronome de son étoile ? « Ou bien devrait-on être amoureux, comme un commerçant spéculateur, de sa marchandise, ou un capitaliste de son argent, ou comme un homme influent de son autorité, ou enfin comme un monarque de son trône ? « Ce sont là les seuls possibles instruments de l’amour humain sérieux; en effet, l’amour des enfants pour leurs parents ne peut être proposé comme un sérieux mesureur de l’amour, puisque la pratique enseigne que les enfants peuvent laisser leurs parents pour faire un bon mariage, ou bien pour gagner beaucoup d’argent, ailleurs. « Dis-moi, si devant des faits de ce genre l’amour des enfants pour les parents se retire, créant ainsi un vide, alors, quels instruments de mesurage restent-ils réellement, pour mesurer l’amour pour Dieu ? « La seule mesure effectivement valable pour mesurer l’amour, c’est la force de l’amour-même que l’homme exerce à travers sa capacité d’esprit. « Cependant il est dit que l’on doit aimer Dieu par-dessus tout, ce qui signifie: plus que n’importe quoi au monde. A ce moment, on demande: « Alors, de quel côté devrait-on commencer, comment élever l’amour à une puissance telle, dont aucun esprit humain ne peut se faire une idée qui puisse être mesurée, ou comparée ? Peut-être devrait-on dire: « On devrait aimer Dieu encore plus que sa propre vie. Alors moi, en tant qu’adversaire je dis: Avec l’amour de sa propre vie, l’amour le plus élevé pour Dieu, cependant, ne tient pas en comparaison de l’amour des Enfants pour leurs parents; étant donné qu’il n’est pas si facile que les enfants mettent en jeu leur existence par amour de leurs parents; tandis qu’ils préfèrent que ce soit les parents qui combattent pour eux, à la vie à la mort. « Tout cela considéré, il est facile de déduire que l’amour des enfants pour eux-mêmes est souvent beaucoup plus puissant que celui pour les parents. « Tandis que nous voyons d’un autre côté que les enfants, pour d’autres avantages, mettent même en danger leur vie, presque en la méprisant. « L’un vogue de nuit, même si sur l’Océan la tempête fait rage; un autre, pour la gloire et pour l’honneur, s’expose au feu de l’armée ennemie; un autre se rend souvent dans les abîmes peu sûrs de la Terre, à la recherche de trésors aurifères. Avec cela nous voyons que ces mesures extérieures, purement mondaines de l’amour humain, sont beaucoup plus fortes, et ont une validité beaucoup plus générale que l’amour des enfants pour leurs parents, et même que l’amour de leur propre vie. Cependant, à quoi servent toutes ces mesures si, infiniment au-dessus d’elles, l’amour pour Dieu doit s’élever à une telle puissance, en comparaison de laquelle toutes les autres mesures d’amour doivent tomber dans le néant ? Vous voyez, mes chers amis et frères, notre objecteur nous a fortement frappés, de sorte que nous devons nous maintenir solidement sur nos jambes, pour avoir le dessus sur lui. Mais j’aperçois réellement maintenant un antagoniste à l’aspect très sévère; il est sûr de sa victoire et il dit: « Le Seigneur Lui-même nous a donné la mesure la plus déterminante en ce qui concerne la façon dont on doit aimer le Seigneur: « Celui qui observe pratiquement Mes Commandements, celui-là M’aime. Donc, c’est là, la véritable mesure de la façon dont on doit aimer Dieu. » Mais, si l’objecteur se sent aussi fort, qu’il présente donc une autre super-balance, pour y peser l’amour; parce que, moi, je te dis que, comme mesure de l’amour le plus élevé pour Dieu, tu n’as donné aucune autre preuve, sinon que celle d’une assez bonne mémoire, à laquelle tu dois quelques textes de la Sainte Écriture. Tu vois, si celui qui veut tirer de tous ces textes une utilité vivante, doit savoir ce qu’ils disent, il doit aussi comprendre de façon vive en lui, ce qu’ils veulent dire. Que dirais-tu si je t’exposais plusieurs préceptes prononcés par le Seigneur Lui-Même, où Il met en évidence qu’avec l’observance de la seule Loi, on n’arrive pas à aimer vraiment Dieu, et comme on le doit ? Toi maintenant, tu fais une mine comme pour vouloir dire: Où sont ces textes opposés ? – Eh bien, en voici une douzaine: As-tu présente la conversation du Seigneur avec un jeune riche ? Celui-ci ne demande-t-il pas: « Maître, que dois-je faire pour obtenir la Vie éternelle ? » – Et le Seigneur: « Observe les Commandements et aime Dieu ! » – Et le jeune riche: « Ô Maître, je me suis tenu à cela depuis l’enfance ! » Voilà, tout cela est exact; seulement, pourquoi le jeune riche a-t-il donné cette réponse au Seigneur ? Peut-être qu’il entendait dire avec cela: « Bien que j’ai fait cela depuis l’enfance, je ne sens pourtant rien de la merveilleuse Vie éternelle en moi. » C’est pourquoi, à ces paroles du jeune homme, le Seigneur lui explique que l’observance de la Loi n’est pas suffisante pour l’obtention d’une vie parfaite dans l’Amour, et Il y fait aussitôt un très important ajout en disant: « Alors vends tous tes biens, distribue-les aux pauvres, et ensuite suis-Moi ! »

Maintenant on demande: Si le Seigneur fait Lui-Même un semblable ajout, cela veut dire que la simple observance des Commandements n’est pas suffisante pour un amour élevé pour Dieu ! Mais allons de l’avant. Qu’a dit autrefois le Seigneur à ses Apôtres et à ses disciples, quand Il leur exposa – en en recommandant la mise en pratique – les devoirs auxquels ils devaient se conformer ? Il ne dit rien d’autre que ces paroles simples, mais significatives: Quand vous avez fait tout ce que Je vous ai commandé, reconnaissez alors que vous n’êtes que des serviteurs paresseux et inutiles. Je demande maintenant: Le Seigneur déclare-t-il peut-être ici comme œuvre suffisante l’observance des Commandements, du moment qu’Il dit clairement que tout homme qui accomplit pleinement la Loi, doit cependant seulement se considérer comme complètement inutile ? – Mais en vérité en quel sens ? Tu vois, ceci serait le second obstacle déjà assez considérable. Mais allons de l’avant ! Connais-tu cette parabole où l’on parle du pharisien et du publicain qui se trouvent dans le Temple ? Le pharisien, avec la conscience joyeuse, donne de lui-même devant le Saint des saints le fidèle témoignage, que lui, comme bien peu d’autres, a observé la Loi de Moïse dans sa totalité, exactement et complètement à la lettre. Le pauvre publicain, par contre, se tient dans un coin, au fond du Temple, en se frappant la poitrine, n’ayant même pas le courage de lever la tête, et il demande seulement le pardon de ses nombreux péchés. Or, cette attitude du publicain est assez significative, et elle fait connaître avec une exactitude extrême, qu’il a eu assez peu affaire avec la Loi de Moïse, et c’est pourquoi aussi il prie le Seigneur d’user de Grâce et de Miséricorde envers lui. Maintenant donc, Je voudrais savoir de toi, en tant que mon objecteur, comment se concilie le fait en soi, du moment que le Seigneur laisse s’en aller, non justifié, le fidèle observateur de la Loi, chez le pharisien, tandis que le pauvre publicain, avec tous ses péchés, et donc, non- observateur de la Loi, est justifié ? Comme tu vois, si l’on observe cela attentivement à la lumière, il semble que le Seigneur Lui-Même ait placé un troisième obstacle, très important, à la seule observance de la Loi. Maintenant, toi aussi tu te trouves un peu troublé dans tes idées, et tu ne sais plus que penser. Cependant, ne t’en préoccupe pas; il en sortira de meilleurs passages. Que dirais-tu si moi, en le prenant dans l’Écriture, je voulais te présenter un texte sorti de la Bouche du Seigneur Lui-Même, dans lequel il déclare – même si c’est indirectement – toute la Loi comme entièrement dénuée de valeur, tandis qu’à sa place Il met un moyen tout à fait différent, à travers lequel on peut acquérir la vie éternelle de façon plus efficace. Mais la curiosité est entrée dans ton esprit, et tu voudrais connaître le texte qui traite de cela; eh bien, le voici: Que dit autrefois le Seigneur quand Il prit un enfant sur ses genoux et le caressa ? Il dit alors: Si vous ne devenez pas comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ! Maintenant on demande: Cet enfant, qui était à peine en mesure de balbutier quelques mots, avait-il étudié la Loi de Moïse, et réglé ensuite strictement sa vie selon cette Loi ? Je crois qu’au monde, il n’existe pas d’homme assez sot pour admettre une chose semblable. – Et alors on demande: Comment le Seigneur a-t-Il pu, en cette occasion, présenter un enfant encore inconscient de la vie, comme instrument ou mobile pour l’acquisition de la vie éternelle elle-même ? Arrivés à ce point, cher ami, il n’y a rien d’autre à ajouter sinon que: Si tu as quelque discussion ou quelque contradiction, expose-les donc; mais tu te tais à ce quatrième obstacle. Cependant, ne t’en préoccupe pas, parce que le meilleur est encore à venir. En ces quatre points, tu as pu voir que le Seigneur, d’un côté, n’indique pas le seul accomplissement de la Loi, comme Moyen suffisant pour l’obtention de la véritable Vie éternelle, et même, dans le quatrième point, indirectement, Il l’abolit. Mais que dirais-tu si je te citais quelques points, dans lesquels le Seigneur s’exprime sur l’accomplissement de la Loi même avec un blâme ? – A ce moment tu dis: Ce n’est pas possible ! – A cet égard, je peux te servir, non pas un, mais si tu veux plusieurs exemples ! Tu vois, quiconque a même seulement feuilleté la Loi Mosaïque, dans son ensemble, doit connaître combien Moïse a recommandé au peuple hébreux, l’hospitalité. Qui péchait contre l’hospitalité était déclaré comme méritant un châtiment, devant Dieu et devant les hommes, et la loi de l’hospitalité était d’autant plus inculquée dans le peuple hébreu – compte tenu de sa tendance à la cupidité – dans le but justement de le sauvegarder de l’amour de soi et de l’avidité, et de le diriger vers l’amour du prochain. C’est pourquoi il y avait obligation d’accueillir et de servir un hôte même inconnu, en particulier s’il appartenait à la nation juive, avec tous les égards, et cette Loi venait de Dieu puisque Dieu était le Législateur, à travers Moïse. Mais quand le même Seigneur, qui en son temps avait donné la Loi, arriva un jour à Béthanie, dans la maison de Lazare, Marthe était alors la plus active à suivre la Loi, puisqu’elle se prodiguait de toutes ses forces, afin qu’un tel très respectable hôte fut traité de la manière la plus convenable; tandis que Marie, sa sœur, en raison de la grande joie que lui causait la présence du grand Hôte, oublia la Loi et, inactive, s’assit à Ses pieds, écoutant avec la plus grande attention, les divers enseignements du Seigneur. Marthe, quelque peu troublée par la complète inactivité de sa sœur, et parce que cette dernière avait complètement oublié en cette occasion la Loi, s’adressa directement au Seigneur, et pleine de fervent zèle, elle Lui dit: « Seigneur, j’ai tant à faire; ordonne donc, Toi, à ma sœur de m’aider un peu. » Ou bien, en d’autres termes: Seigneur, Toi qui es le Fondateur de la Loi mosaïque, rappelle à ma sœur la nécessité de l’accomplir. Mais quelle est la réponse du Seigneur ? Marthe, Marthe, tu te soucies et tu te préoccupes trop des choses de ce monde, tandis que Marie a choisi la meilleure part, qui, de toute éternité, ne lui sera jamais plus enlevée. Dis-moi donc, mon cher ami, si cela n’est pas, dans un certain sens, un blâme évident de la part du Seigneur, de l’accomplissement trop diligent et trop exact de la Loi, alors qu’au contraire, Il fait une louange extraordinaire de qui ne se souciait absolument pas de l’accomplissement de la Loi, mais qui au contraire, avec le cœur plein, s’exprimait ainsi: Oh, Seigneur, si je T’ai, toi seulement, tout ce qui est terrestre vaut pour moi moins qu’une existence ! – Le Seigneur ne montre-t-Il pas de nouveau ici, que le seul accomplissement de la Loi n’améliore personne, et qu’il faut bien autre chose, pour que cette partie la meilleure, si elle a été conquise en dehors de la Loi, lui soit enlevée, car celle-ci est sainte et éternelle.

C’est pourquoi tu vois, c’est là un cinquième obstacle; mais à présent continuons ! Que dit le Seigneur Lui-Même, et précisément, dans le troisième Commandement ? Tu dois sanctifier le Sabbat ! Question: Que fait le Seigneur en présence de ces observateurs de la lettre de la Loi ? – Tu vois, il va profaner Lui-Même le Sabbat de manière évidente, au sens littéral de la Loi; et Il permet même à Ses disciples, toujours au cours d’un sabbat, de rompre le jeûne commandé, pour se rassasier avec des grains de blé. Comment te plaît-elle cette non-observance de la Loi de Moïse de la part du Seigneur, non seulement pour Lui mais bien au grand scandale de ceux qui observent à la lettre, pour le manque de respect de la journée du Sabbat ? Tu diras: Le Seigneur pouvait le faire, puisque Il était Lui-Même le Seigneur du Sabbat – Bien, mais je demande: Les pharisiens, si scandalisés, savaient-ils que le Fils du charpentier était le Seigneur du Sabbat ? Tu dis qu’ils auraient dû reconnaître cela, à Ses miracles. Mais je te dis, qu’auprès de ce peuple, les miracles n’étaient pas suffisants, pour reconnaître dans le Christ la complète Divinité, puisque des œuvres miraculeuses ont été de tout temps accomplies par tous les prophètes, par les vrais comme d’ailleurs par de faux prophètes, du moins avec des inventions miraculeuses. C’est pourquoi on doit exclure la condition préalable que les miracles du Christ eussent été suffisants pour persuader les pharisiens de Sa Divinité et de Sa Magnificence. Mais tous les prophètes, jusqu’à Lui, avaient sanctifié le Sabbat; Lui Seul n’en tint pas compte. Cela ne devait-il pas constituer un scandale pour les héros de la lettre ? Certainement; mais le Seigneur n’admit pas de discussions. Que ressort-il de cela ? – Rien d’autre, sinon que le Seigneur place encore bien bas l’accomplissement de la Loi, pour elle-même; et une comparaison avec ta sphère elle-même, comme d’ailleurs avec la sphère de n’importe quel homme qui vit dans le monde, pourra sans autre te le confirmer. Un homme a deux fils; et il leur a fait connaître sa volonté, comme loi, en leur indiquant un champ et une vigne, et en disant: Désormais vous avez grandi et êtes devenus robustes; c’est pourquoi maintenant je prétends de vous que vous vous consacriez avec diligence à travailler le champ et la vigne pour moi. Et, à votre diligence et à votre volonté, je reconnaîtrai lequel de vous deux m’aime le plus. Donc, c’est là la Loi, selon laquelle naturellement, ce fils qui aime le plus le Père, est ensuite rendu participant de la magnificence de Celui-ci. Que font alors les deux fils ? L’un prend la bêche, et retourne la terre avec diligence durant toute la journée, et prépare le terrain pour la vigne. L’autre au contraire, comme vous avez coutume de dire, en prend plutôt à son aise, pour ce qui concerne le travail. Et pourquoi donc ? Il dit à part lui: Quand je suis sur le champ ou dans la vigne, je dois toujours me passer de mon Père; en outre, je ne suis pas si désireux de magnificences, parce que, quand j’ai mon cher Père, et peux être seulement près et autour de Lui, qui est tout pour mon cœur, je demande une chose qui est supérieure à n’importe quelle magnificence. Mais le Père dit à ce second fils: « Regarde comment ton frère travaille avec diligence et tâche de se gager Mon amour. » Mais le fils répond: « Ô cher Père, si je suis sur le champ, et loin de toi, mon cœur alors ne me donne pas de paix, mais il me dit bien plutôt toujours à haute voix: L’amour ne demeure pas dans la main, mais bien dans le cœur, et donc il faut le gagner avec celui-ci et pas autrement; et Toi, cher Père, donne donc à mon frère qui travaille avec tant d’entrain, ce qui lui revient pour ce travail; tandis que moi pour ma part, je suis suffisamment récompensé en T’ayant Toi dans le cœur, mais permets-moi de T’aimer, avec le plein désir de rien âme. Que dira alors le Père, du plus profond de son cœur ? – Certainement rien d’autre que : Oh certes, Mon très aimé fils, ton cœur a révélé le Mien; et la Loi est seulement une épreuve. Mais, mon fils, l’Amour ne se trouve pas dans la Loi; en effet, quiconque se tient à la lettre de la Loi seulement, s’y tient par amour de lui-même, pour gagner avec son activité, Mon Amour et Ma Magnificence. Mais celui qui accomplit la Loi de cette façon, est encore très loin de Mon Amour; car son amour n’a pas comme objet, Moi, mais bien plutôt la récompense qui en dérive. Toi au contraire tu as agi à l’opposé; à dire vrai, tu n’as pas méprisé la Loi, parce qu’elle t’avait été donnée par Ton Père, mais bien plutôt tu t’es élevé au-dessus d’Elle, avec ton amour actif envers Moi, ton Père. C’est pourquoi ton frère devra recevoir le champ et la vigne, tandis que toi, Mon fils très aimé, tu n’auras rien autre que Moi, c’est-à-dire, ce que ton cœur a tant désiré et tant aimé !

Je suppose, mon cher ami, que de cette parabole, il apparaîtra évidement clairement ce qui vaut le plus: Le rigide accomplissement de la Loi, ou bien, le dépassement de cette Loi, et saisir le seul Amour, le seul vivifiant ? Si la chose ne devait pas encore te paraître suffisamment claire, Je te demande: Te trouvant dans la situation de pouvoir te choisir une épouse entre deux jeunes filles, et te sachant être aimé des deux, ne désirerais-tu pas, pour avoir la pleine conviction de celle qui t’aime le plus, vivement apprendre comment sont les choses à cet égard, pour pouvoir ensuite choisir celle qui ressent un plus grand amour pour toi ? – Tu dis: Cela est clair, mais comment faire pour l’apprendre avec certitude ? Nous le verrons aussitôt avec un exemple. Eh bien, tu vas rendre visite à la première; elle est alerte et travailleuse. Par amour pour toi elle s’est plongée en toutes sortes de travaux, tous destinés pour toi, comme, chemises, chaussures, tricots, et autres vêtements personnels; et elle a tant à faire qu’elle ne peut te prêter aucune attention, à l’exception d’un bref salut. Tandis que la seconde, bien qu’elle soit affairée pour te préparer quelque chose en démonstration de son amour, lorsque tu arrives, elle s’arrête aussitôt, et vient près de toi le cœur débordant d’amour, mais on ne parle absolument plus de travail, tant que tu es près d’elle; car elle ne connaît rien de plus élevé et de plus important, en dehors de toi ! Toi seul, tu es pour elle, tout en tout; et pour toi elle renonce au monde entier. Dis-moi maintenant, laquelle des deux choisiras-tu ? Tu dis: Cher ami ! La seconde m’est infiniment plus chère; car vois-tu, que m’importe de posséder une infinité de costumes, puisqu’une telle marchandise est là seulement pour me contraindre à la reconnaissance de ses mérites; tandis que l’autre au contraire ne songe qu’à conquérir mon cœur avec son seul ardent amour ? C’est pourquoi elle est au-dessus de tout mérite, et ne connaît rien de supérieur à moi et à mon amour. Donc, je choisis celle-ci pour épouse, parce qu’elle en possède les qualités nécessaires. Bien, cher ami; alors n’aperçois-tu pas ici la vraie nature de Marthe et de Marie ? Et comprends-tu maintenant ce que dit le Seigneur à Marthe très occupée, selon la Loi, et ce qu’il dit à Marie, l’oisive selon la Loi ? Mais de tout cela tu peux déduire, ce que le Seigneur demande à chaque homme, au-dessus de la Loi, et qu’Il fait connaître en même temps en quoi consiste l’amour de l’homme pour Dieu. Pour cette raison, le Seigneur, excité dans Son cœur, maudit même ceux qui accomplissent la lettre de la Loi, loue le pécheur publicain, et rend plus accessible le Royaume des Cieux aux voleurs, aux prostitués et aux adultères, qu’aux héros de la Lettre. Et avec cela, je demande encore une fois aux contradicteurs, avec quelle mesure on doit aimer Dieu par-dessus tout ? Donc, si j’ai cette mesure, alors je possède tout. Mais si cette mesure me manque, alors je suis comme quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est l’amour ? C’est pourquoi je répète la question: Comment doit-on aimer par-dessus tout ? – Et moi, Jean, je dis: Aimer Dieu pardessus tout signifie: Aimer Dieu par-dessus toute Loi contraignante. Aimer Dieu au-dessus de toute Loi ! Comment cela peut-il se réaliser…. la suite le dira ! Cependant, pour procéder à fond, et comprendre comment on doit aimer Dieu au-dessus de la Loi, on doit avant tout savoir que la Loi en elle-même, n’est autre chose que l’aride chemin qui mène au véritable amour de Dieu. Qui a parcouru la voie, et n’a pas trouvé encore l’amour, celui-là est un voyageur qui ne sème pas et ne récolte de fruits d’aucune sorte, et souvent, des brigands et des voleurs sont aux aguets pour assaillir ce pèlerin. Mais, qui aime Dieu de manière pure, celui-là L’aime déjà au-dessus de toute chose; celui-là donc a dépassé la voie de la Loi. – En effet, aimer Dieu par-dessus toute chose, veut dire, L’aimer au-dessus de la Loi elle-même; tandis que celui qui est encore sur la voie, c’est-à-dire, en dehors de l’amour, celui-là doit avancer avec beaucoup de peine et à pas lents, pour atteindre le but; à condition que sur le chemin il tombe sur l’amour !

A ce point, on pourrait aussi objecter: à première vue cela parait étrange. Selon nous en effet, aimer Dieu par-dessus tout signifie: aimer Dieu plus que toute autre chose au monde. Bien, dis-je; mais en même temps, je demande: Quelle mesure a l’homme pour se rendre compte d’un tel amour ? Mais l’objecteur a bien distingué et indiqué que toutes ces mesures du plus grand amour possible pour les hommes dans le monde ne sont absolument pas appropriées pour mesurer ce aimer Dieu par-dessus toute chose. Mais je demande: Avec la loi qui a été donnée, n’est-il pas exposé clairement comment l’homme doit se comporter dans ses désirs, en face de toutes les choses mondaines ? Dans la Loi, par conséquent, de telles choses ne sont pas toutes présentées et, en outre, il n’y est pas placé pour l’amour de l’homme, la juste limitation selon laquelle tout homme doit se régler dans les choses de ce monde ? Donc, quand quelqu’un aime Dieu au-dessus de la Loi, celui-là L’aime aussi sûrement au-dessus de toutes les choses du monde; car, comme on l’a dit, justement au moyen de la Loi sont exposés: la juste utilisation des choses du monde, ainsi que le comportement que doit avoir l’homme envers ces même choses, selon l’ordre divin. Un court supplément comparatif rendra toute la question éclairée comme le Soleil. Le Seigneur dit au jeune riche: Vends tous tes biens, distribue le produit aux pauvres, et puis suis-Moi. Que signifie cela ? En d’autres termes, rien d’autre, si ce n’est ceci: Si toi, jeune homme, tu as observé la Loi, avant tout hausse-toi donc au-dessus d’elle, restitue au monde tout ce qui lui appartient, mais toi, suis-Moi, et ainsi tu auras obtenu la Vie éternelle ! Qui, avec cela, ne reconnaîtra pas ce que signifie: Aimer Dieu au-dessus de la Loi ? En outre, le Seigneur dit encore à ses disciples: Si vous ne devenez pas comme ce petit enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ! Que veut signifier cela ? – Rien d’autre que ceci: Si, comme ce petit enfant, vous ne vous souciez en rien du monde, et que dans votre simplicité, et votre pureté, vous venez à Moi, en Me Saisissant avec tout votre Amour, alors vous entrerez vraiment dans le Royaume des Cieux ! Et pourquoi donc ? Le Seigneur Lui-Même vous en donne la raison avec les paroles: Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ! – Donc, qui veut venir à Moi, qui suis parfaitement UN avec le Père, doit entrer dans la Bergerie à travers Moi, car je suis la Porte, de même que la Bergerie, ou bien le Royaume de Dieu. Mais tant qu’on ne saisit pas le Seigneur Lui-Même, on ne peut arriver à Lui, même si avec la fermeté d’un roc on a observé immuablement mille lois, toutes plus sévères les unes que les autres. En effet, qui se trouve encore sur le chemin, ne peut pas dire avoir atteint le but; mais qui a atteint le but, n’a plus rien à voir avec le chemin. Cependant, ici parmi nous il y a des fous – et l’on en compte par milliers de milliers – qui estiment que le chemin est le moyen le plus apte pour être vraiment plus proches de Lui; et quand ils sont sur le point de L’entourer de leurs bras, se souvenant qu’ils se sont éloignés de la voie, alors ils s’arrêtent dans leur mouvement et reviennent en arrière, pour pouvoir encore poser les pieds sur ce qui est encore du monde. Et ceux-là trouvant une plus grande joie dans le sacrifice, dans la servitude, dans l’esclavage et dans le pesant joug, que dans la libre atmosphère du Seigneur, en laquelle tout homme est rendu libre, et son fardeau on ne peut plus léger, afin qu’il ne l’opprime pas dans le cours de sa vie, suivant ainsi la seule Loi de l’Amour. – Et maintenant faisons suivre un exemple. Le pharisien vertueux se rend louange à lui-même parce qu’il se trouve sur la bonne voie; le publicain qui se tient très en arrière par contre, trouve toute la voie extraordinairement pénible, car il n’arrive jamais à en voir la fin; et ainsi dans son cœur il s’incline profondément devant le Seigneur, et reconnaît ses faiblesses et ses incapacités qui l’empêchent de suivre exactement le chemin. Cependant, ce faisant, il saisit le Seigneur, non pas avec le fruit de ses mérites, mais bien plutôt avec l’angoisse de ses péchés; et avec son cœur contrit, il implore grâce et miséricorde; celui-là a utilisé les forces qui se trouvent enfermées dans le cœur, et non celles de l’intellect calculateur ainsi que du froid spéculateur. Voilà ce que signifie vraiment, aimer le Seigneur par-dessus toute chose ! Avançons encore d’un pas: Ici c’est Marthe qui se trouve encore sur la voie; tandis que Marie a atteint le But. Si nous voulons encore aller plus loin dans la clarté, observons aussi la scène où le Seigneur demande par trois fois à Pierre, s’il L’aime; et pourquoi vraiment trois fois ? En effet, même sans cela, le Seigneur savait que Pierre L’aimait, et Il savait aussi qu’à toutes les trois questions Pierre allait donner la même réponse. Mais le Seigneur a adressé cette question à Pierre, seulement pour qu’il pût avec cela reconnaître qu’il était vraiment libre d’aimer le Seigneur, par-dessus n’importe quelle Loi; de sorte que la première question veut signifier: Pierre, M’as-tu trouvé sur le chemin ? – Et c’est cela que Pierre confirme, tandis que le Seigneur dit: Pais Mes brebis, c’est-à-dire: Enseigne aussi à tes frères à Me trouver ainsi ! La seconde question: Pierre M’aimes-tu ? signifie: Pierre es-tu près de Moi, es-tu à la Porte ? – Et Pierre confirme cela, tandis que le Seigneur dit: Alors, pais Mes brebis !, ou, autrement dit: Alors guide aussi tes frères près de Moi afin qu’ils soient proches de la Porte de la Vie ! Puis vient la troisième question, où le Seigneur demande à Pierre: M’aimes-tu ? ce qui a le même sens que: Pierre, es-tu au-dessus de toute Loi ? Es-tu en Moi, comme je suis en toi ? Pierre confirme cela avec anxiété; et le Seigneur dit, une fois encore: Alors, Pais mes brebis, et suis-Moi ! – Cela signifie: Alors amène avec toi aussi tes frères, afin qu’ils soient en Moi, et qu’ils demeurent dans Mon Ordre et dans Mon Amour, comme toi ! En effet, suivre le Seigneur, signifie: Habiter et vivre dans l’Amour du Seigneur. Je suppose qu’en dire plus sur ce que signifie: Aimer Dieu par-dessus toute chose, serait désormais plutôt superflu. »