La vie de Jules César après sa mort, dans le monde des esprits

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber)

En version audio

Les esprits : « Il est Celui qu’il est, a été et sera toujours ! Nous n’avons pas le droit de t’en dire davantage, car Sa volonté nous l’interdit. Mais, puisqu’Il est avec vous, tu peux bien L’interroger toi-même ! « . Là-dessus, s’adressant en particulier à Jules César, le conseiller lui demanda : »Sur terre, tu étais un grand homme fort intelligent, et chacun devait obéir à tes ordres. Quelle est à présent ta vie dans le monde des esprits ? ». L’esprit (Jules César) répondit « J’ai déjà récolté sur terre la mauvaise récompense de ce que j’ai fait pour ma seule gloire et n’ai emporté avec moi dans l’autre monde que peu de bien, aussi ma récompense fut-elle un grand dénuement, et ma gloire terrestre n’était ici qu’une sombre nuit où je ne voyais que de rares étoiles scintiller faiblement entre d’épais nuages noirs. Longtemps, je fus tout à fait seul, sans autre compagnie que moi-même. J’avais beau appeler, supplier, pleurer et chercher, rien n’y faisait. J’invoquai tous les dieux, mais aucun ne me répondit. Quand j’eus passé beaucoup de temps dans ce pitoyable état de tristesse et de désespoir, l’idée me vint de m’adresser au Dieu des Juifs. Alors, tout s’éclaira autour de moi, les rares étoiles se mirent à briller plus fort, et il me sembla qu’elles s’étaient rapprochées. Voyant cela, je mis toute ma confiance dans le Dieu des Juifs et Le suppliai instamment de me venir en aide dans ma détresse et mon tourment. De nouveau, la clarté grandit, et une étoile descendit tout près de moi. Bientôt, je vis que cette étoile avait forme humaine, et que cet homme était l’un de ceux à qui j’avais réellement fait du bien sur terre. Il me dit : « Heureux sois-tu, toi qui as trouvé dans ta nuit le vrai Dieu des Juifs ! Bannis tes faux dieux, et aussi ta plus grande idole : ta gloire de César ; entre dans l’humilité parfaite, et je t’accueillerai chez moi !  » Alors, je me remis à prier le Dieu des Juifs, afin qu’il m’ôtât ma gloire et tous mes faux dieux. Et les autres petites étoiles, qui étaient aussi des hommes, descendirent à leur tour et me dirent : « Nous avons vécu sur terre comme toi, mais nous étions de pauvres Juifs persécutés par tes prêtres : et toi, tu nous as protégés, donné de l’argent et aidés à retourner dans notre pays. C’est toi qui es pauvre à présent, et, de tous tes trésors terrestres, il ne te reste que ce que tu as fait pour nous ; c’est pourquoi, avec la permission de Dieu, nous sommes venus te rendre le bien que tu nous as fait. Si tu veux marcher avec nous sans aucune gloire, suis-nous, et tu trouveras refuge auprès de nous ! « . Je partis avec eux et parvins bientôt à une très charmante contrée. C’était une sorte de large vallée avec un grand et beau lac, encadrée dans le lointain par de hautes montagnes fort plaisantes à voir. Au premier plan se trouvaient quelques petites habitations dans le genre de celles qu’on nomme sur la terre cabanes de pêcheur, et j’en aperçus d’autres un peu plus loin. Les champs étaient d’un vert magnifique, mais il y avait peu d’arbres, cependant tous chargés de très beaux fruits. J’entrai dans une cabane qui se trouvait à ma droite lors de mon arrivée, et qui était celle de l’ami venu le premier à mon secours. Là, je trouvai de quoi boire et manger. Tout était d’une très grande simplicité, mais j’en eus bien plus de plaisir que de tous les trésors et palais que j’avais possédés sur la terre. Quand je me fus suffisamment restauré dans cette cabane où je me sentais si heureux, je suivis mon ami dehors. Sur le lac lisse comme un miroir, nous vîmes une barque qu’un homme amenait vers nous en s’aidant d’une rame. Je demandai à mon ami qui était ce batelier, et il me répondit : « Il descend parfois ce lac, dont nous ne savons pas où il se termine, pour nous rendre visite et nous expliquer, toujours fort aimablement, ce que nous aurons à faire ensuite. Après cela, nous devons nous remettre au travail. Nous accomplissons avec le plus grand zèle et la plus grande joie les tâches indiquées, et notre zèle est toujours récompensé par le Dieu des Juifs. Quand nous sommes arrivés dans cette contrée comme toi aujourd’hui, elle était encore fort déserte et aride, et notre travail seul lui a donné cet aspect florissant. Toi aussi, tu voudras désormais travailler avec nous et recevoir les bienfaits que nous avons reçus !  » »

(Jules César : ) « Fort heureux de cela, je m’avançai vers la rive du lac avec mon ami. Le batelier mit aussitôt pied à terre et dit : « Là-bas, sur le rivage à droite du lac, il y a encore un marécage où vit toute une méchante vermine qui, par moments, pollue l’air de cette contrée. Asséchez ce marécage. Apportez-y de la bonne terre jusqu’à ce qu’il soit comblé – car il n’est guère profond -, et, outre que cette contrée qui est la vôtre en sera grandement améliorée, vous disposerez là d’un nouveau lopin de terre fertile. Mon ami et moi-même le remerciâmes avec joie de ce conseil, après lequel il s’en fut rapidement. Quant à nous, nous nous mîmes aussitôt à cette tâche, en vérité difficile. Dans la maison, nous trouvâmes déjà les outils nécessaires. Nous les prîmes avec joie, nous rendîmes à l’endroit désigné et nous mîmes au travail. Pourtant, la vue de ce grand marécage me causa une certaine angoisse : il y avait là une telle quantité de vermine de toute espèce à l’aspect effrayant que je dis à mon ami : « Il nous faudra au moins cent années terrestres pour assécher ce marais ! « . L’ami répondit : « Que nous importe le temps de la terre ! Ici, ce temps n’existe pas, car il n’y a qu’un seul jour éternel, et notre temps dépend de notre volonté. Quant à ce marécage, il n’est qu’une apparence rendue nécessaire par l’impureté qui subsiste en toi, et ta principale tâche ici est de t’en purifier par une vraie volonté et par la patience, que tu ne connaissais pas sur la terre. De plus, je t’aiderai, de sorte que ce marais puant se changera bientôt en une terre fertile. « . Cette nouvelle raffermit ma volonté, et je me mis au travail avec toute ma patience. Certes, au commencement, il me semblait que le marécage ne serait jamais comblé : mais il m’apparut peu à peu que nous ne travaillions pas en vain, et ce méchant marécage fut bientôt rempli de bonne terre sous laquelle la vermine se trouva écrasée et enfouie à jamais, et nous gagnâmes ainsi un beau lopin de terre. Une nouvelle cabane y fut bientôt installée et tenue à la disposition des amis qui vinrent ensuite, et que nous secourions de la même manière que je l’avais été par mon ami. Quant au batelier, il est revenu plusieurs fois depuis lors et nous a indiqué à chaque fois de nouvelles tâches que nous avons exécutées de même, transformant notre contrée en un véritable éden. C’est là que je demeure encore, et, quant à moi, je ne désire rien de mieux ni de plus beau. Toi aussi, renonce à tout ce qui est grand et a de la valeur pour le monde car chez nous, de l’autre côté, seules ont une valeur les belles actions et les bonnes œuvres ! » Le grand conseiller, tout à fait stupéfait, dit à l’esprit de Jules César : « Où donc se trouve, sur la terre, la contrée que tu viens de décrire si précisément ?  » Jules César : « Elle n’est nulle part sur cette terre, mais peut aussi bien se trouver partout : car elle est là où je suis. J’ai appris progressivement que ce lieu, cette contrée et tout ce qui, dans notre monde, ressemblait autour de moi à une matière sans vie, était en quelque sorte né de moi un peu comme un arbre naît de la terre ; autrement dit, que j’étais moi-même le créateur du monde où je demeure. Mes amis et moi, nous habitons le même paysage parce que nous avons les mêmes préférences, la même volonté et donc la même façon de penser : mais une infinité d’autres esprits peuvent demeurer dans le même lieu, chacun dans un paysage différent. C’est là la grande différence entre nous, esprits, et vous qui êtes encore sur la terre !  » Le conseiller : « Je ne comprends pas cela ! Comment plusieurs contrées, plusieurs paysages peuvent-ils être présents en un même lieu ?  » Jules César: « Oh, c’est bien facile, et même, en fin de compte, tout à fait naturel ! Imagine, par exemple, cent hommes endormis dans une même chambre, et qui rêvent tous. Le premier est à Rome, le second à Athènes, un troisième à Jérusalem, un quatrième à Alexandrie, et ainsi de suite : chacun est en un lieu très différent, et d’une manière si vivante que, le jour venu, il peut en parler sans fin. Comment cent personnes peuvent-elles être toutes dans la même chambre, et chacune dans un paysage différent ?! Que dirais-tu donc si des milliers d’hommes se trouvaient dans le même champ, et que chacun vît au même instant une chose différente ? Pourtant, c’est à peu de chose près ce qui se passe dans l’autre monde, ou plutôt, dans notre monde des esprits ! La différence entre notre monde et le vôtre est simplement celle-ci : nous, esprits, nous habitons notre propre monde au plein sens du mot, tandis que vous habitez le monde de Dieu. Car notre monde est l’œuvre de nos pensées et de nos idées, de nos désirs et de notre volonté ; mais ce monde est l’œuvre de l’amour, des pensées, des idées et de la volonté de Dieu. C’est pour cela que l’homme est à l’image de Dieu, qu’il a en lui la faculté de créer et qu’il peut, une fois devenu pur esprit, créer son propre monde et y demeurer en toute propriété. J’espère que tu comprends maintenant ?  » Le conseiller : « Alors, les gens qui t’entourent et ont commerce avec toi ne sont eux aussi qu’une œuvre qui t’appartient, dans le monde que tu as créé comme en rêve ! » Jules César : « Ils sont cela en partie : mais je ne pourrais les faire se présenter à moi, et encore moins avoir commerce avec eux, les voir, les entendre et leur parler, sans qu’ils le veuillent. D’ailleurs, cela ressemble fort à la manière dont on voit, entend et perçoit les autres sur cette terre : car ce n’est pas la personne réelle que tu vois, mais seulement son image en toi, et tu ne la perçois qu’à travers tes propres perceptions, tu entends le son de sa voix dans ton oreille, faite pour reproduire les sons qui lui parviennent à travers l’air. Mais si tu es aveugle, sourd et insensible, il n’y a plus d’autre pour toi, quand bien même il se tiendrait tout près de toi. Et même si tu vois, entends et sens, tu aura beau imaginer tous les gens que tu voudras, tu ne verras, n’entendras ni ne sentiras personne [si personne n’est là].
Ainsi, même dans le monde des esprits, il faut que l’esprit à qui tu veux avoir affaire soit présent – au moins dans sa volonté, son amour et sa conscience. Sans cela, tu es seul, et les gens que tu vois par instants ne sont que des fantasmes de ton imagination, n’ayant en soi ni existence ni réalité, donc incapables d’entrer en relation avec toi, puisqu’ils ne sont rien d’autre que toi-même. Et c’est bien là la différence éternelle et infiniment grande entre Dieu et nous, hommes semblables à Lui, car Dieu seul peut, à partir de Ses grandes pensées, faire exister des hommes parfaitement constitués et autonomes, tandis que nous, esprits, pouvons certes faire exister des fantômes, mais sans autre réalité qu’apparente. De même, le monde qu’habite un esprit est davantage un fantasme qu’une réalité : car certains esprits plus accomplis m’ont fait voir leur monde sur les lieux mêmes où je demeure, et il était bien différent du mien. Mais tu ne comprendras vraiment tout cela que lorsque tu deviendras toi-même un hôte du monde des esprits. À présent, Je t’ai suffisamment expliqué ce qu’il en était de la vie après la mort du corps ; aussi, ne me demande plus rien ! » »