L’Animisme

L’Animisme


Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber) :

Jarah, qui se tenait près de nous en silence, dit alors : « Mais, Seigneur, qu’est-ce donc que ces tout petits hommes ? Ils sont sortis de la forêt et nous entourent à présent en troupes de toutes les couleurs ! Certains ont comme un vêtement nébuleux ; mais la plupart sont tout nus, et ils ont tous la taille d’un enfant de deux ans à peine ! » Je dis : « Ce sont des âmes humaines de cette terre, déjà concrétisées, mais n’ayant pas encore suivi le chemin de la chair. Et jusqu’à présent, elles n’en ont d’ailleurs pas une grande envie, parce qu’elles redoutent beaucoup un nouvel emprisonnement dans la matière. Ceux qui sont vêtus ont même une forme de langage, qui ne va pas très loin, il est vrai ; mais tous possèdent une certaine intelligence primitive ! » Jarah dit : « Ceux qui sont vêtus me comprendraient-ils si je leur adressais la parole ? » Je dis: «Tu peux tenter l’aventure ! » Là-dessus, Jarah prend son courage à deux mains et demande à un petit homme vêtu d’une nuée bleu ciel : « Qui êtes-vous donc, et que nous voulez-vous ? » Le petit homme bleu clair vient se mettre sous le nez de Jarah, la regarde fixement et lui dit : « Espèce de chair puante, qui t’a permis de nous questionner, nous qui sommes purs ?! À l’exception d’un seul, et d’un autre encore, vous puez tous la matière d’une façon dégoûtante ; et c’est là le pire ennemi de nos narines ! À l’avenir, charogne puante, ne nous interroge que quand tu en auras reçu l’ordre du tout-puissant Esprit de tous les esprits — sinon, occupe-toi plutôt de chercher la meilleure manière de te débarrasser de ton sac à viande mangé par les vers ! » Je demande à Jarah : « Eh bien, Ma petite fille, que penses-tu de cette réponse ? » Jarah dit : « Oh ! Seigneur, Seigneur, ces êtres sont d’une rudesse et d’une grossièreté incroyables ! Suis-je donc vraiment une charogne puante ? Oh, je suis éperdue de tristesse ; oui, je suis presque au désespoir ! » Je dis : « Allons, allons, Ma petite fille, ce petit esprit t’a pourtant fait du bien ! De quoi t’affliges-tu ?! Le petit esprit aurait certes pu te dire avec des mots plus délicats qu’il demeure encore, bien caché en toi, un petit reste de coquetterie ; mais le petit esprit n’est pas un beau parleur, son vocabulaire s’en tient à l’essentiel, et, en toute rigueur, il parle davantage selon ce qu’il ressent et non selon ce qu’il comprend. Toute joie a-t-elle disparu en toi parce que tu as parlé à ce petit homme bleu ciel ? Mais si tu avais demandé la même chose à un rouge vif, il t’aurait fait une telle réponse que tu te serais évanouie de fureur ! À présent, remercie ce petit homme bleu ciel du bien qu’il t’a fait, et tu pourras échanger avec lui de meilleurs propos ! » Cela va au cœur de Jarah, et elle dit aussitôt au petit esprit qui continue de la considérer fixement : « Je te remercie, cher petit homme, du bien que m’ont fait tes petites paroles dépourvues de tout ménagement ; mais ne m’en veuille pas pour autant ! Tu ne m’en voudras plus, n’est-ce pas, cher petit homme ? » Le petit homme fait alors entendre un rire clair et dit, toujours riant : « Celui qui t’a dit cela ferait bien l’affaire — mais toi, petite oie blanche, tu en es encore loin ; car ni la pensée ni la volonté nécessaires n’ont encore grandi sur ton sol puant ! Cependant, tu m’es déjà un peu plus supportable que tout à l’heure ; mais, extérieurement, ta petite coquetterie est encore loin du compte. Ne sois donc pas si fière ; car tout ce qui est tien est mauvais — et le bon appartient à quelqu’un d’autre ! » Jarah dit : « Mais dis-moi, cher petit homme, d’où sais-tu donc tout cela ? » Le petit homme rit encore et dit : « Ce qu’on voit, on n’a pas besoin de le savoir ! En ce moment, tu en vois plus toi-même que tu n’en vois d’habitude ! Mais moi, j’en vois encore plus que toi, parce que je n’ai pas une chair puante accrochée à moi ; et je vois donc très bien comment vous êtes faits, toi et tous les autres. Je te le dis, ne sois pas trop fière de tes avantages ; car chez toi, ils sont surtout le bien de quelqu’un d’autre ! » Jarah dit : « Ah oui ? Explique-moi donc un peu cela ! » Le petit homme dit : « Si quelqu’un qui a beaucoup voyagé et qui a ainsi acquis à grand-peine toutes sortes de connaissances et d’expériences te fait part de ce qu’il a vu et appris, tu sauras alors toi aussi ce qu’il sait et connaît lui-même ; mais peux-tu en tirer la moindre gloire ? Car le fait que tu en saches plus qu’avant n’est que le double mérite de celui qui, d’abord, s’est donné beaucoup de peine et s’est sacrifié pour accumuler ces connaissances et ces expériences, et qui, ensuite, a encore eu la bonté de t’en faire part en toute confiance. Alors, dis-le-moi, peux-tu te faire un mérite d’avoir hérité de ces expériences et de ces connaissances ? Vois-tu, tu es ici comme un livre rempli de connaissances et d’expériences bonnes et utiles, mais tu es encore bien loin d’en être le sage auteur ! À qui donc revient le mérite des bonnes choses qui sont écrites dans le livre, au livre, ou à celui qui y a écrit tout cela ? Vois-tu, tu es un livre bien écrit, mais pas du tout un auteur ! Tu n’as donc pas de quoi être fière ! » Là-dessus, le petit homme rit encore et, se dressant comme un général, il dit à sa troupe : « Si vous avez fini de reluquer la compagnie, reprenons notre route ; car cela pue décidément trop pour moi par ici ! » Et tous repartent soudainement et disparaissent dans la forêt. Jarah dit alors : « Qui aurait cru trouver tant de sagesse dans ce petit homme si léger ! Mais je suis pourtant contente qu’ils soient repartis ; car à la longue, ils auraient fini par nous échauffer sérieusement les oreilles, bien qu’eux-mêmes paraissent d’une nature très froide. Il ne semble pas qu’il y ait en eux beaucoup d’amour ; mais ils savent très bien distinguer le vrai du faux. Que va-t-il donc advenir de ces êtres, s’ils ne veulent vraiment pas suivre le chemin de la chair ? » Je dis : « Ils le suivront un jour ; mais il faudra longtemps avant qu’ils s’y résolvent. Les bleu ciel en premier lieu, mais les autres pas avant longtemps ! Car il est extrêmement difficile aux âmes ainsi issues de la nature de cette terre, et qui en sortent encore chaque jour, de se résoudre à cela ; seules peuvent les y amener une grande expérience et beaucoup de connaissance, et les espérances meilleures qui s’ensuivent, lorsqu’ils en viennent à reconnaître avec certitude qu’ils ne perdront rien à suivre le chemin de la chair, mais qu’ils ne pourront au contraire qu’y gagner, puisque, au pire des cas, ils pourront redevenir ce qu’ils sont à présent. Les âmes de la nature préfèrent la plupart du temps séjourner dans les montagnes, mais elles vont aussi dans les demeures des gens très simples, pauvres et modestes, et y font le bien ; mais il ne faut pas les offenser, car il ne fait pas bon alors les avoir à sa table ! Elles fréquentent aussi en secret les écoles et apprennent beaucoup des hommes. Il n’est pas rare qu’elles indiquent aux mineurs les filons les meilleurs et les plus riches. Elles aident les bergers et les animaux qui pâturent sur les alpages ; mais il ne faut pas les offenser. Il existe encore sur terre quelques-unes de ces âmes de la nature qui ont atteint presque cinq fois l’âge de Mathusalem sans être entrées dans la voie de la chair. Elles s’en accommoderaient bien, si elles n’étaient principalement retenues par la crainte de perdre leur mémoire, ce qu’elles considèrent comme une sorte de mort de leur être actuel. À présent, vous savez aussi ce qu’il en est de ces êtres.

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber) :

Je dis : « Je savais bien que tu M’en reparlerais, mais ce n’est pas aussi important que tu le penses. Mais puisque tu en es venu à vouloir comprendre cela, il faut que Je te l’explique. Écoute donc ! Vois-tu, dans les montagnes aussi bien que dans l’air, dans la terre, dans l’eau et dans le feu, dans tous les éléments, existent en masse certains esprits de la nature qui n’ont pas encore parcouru le chemin de l’incarnation, parce qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion de trouver le canal qui, lors d’une conception humaine, permet de s’incarner et de venir au monde par le corps d’une femme. D’innombrables âmes encore désincarnées sont ainsi contenues dispersées dans tous les éléments. Cependant, les esprits de la nature qui règnent sur les montagnes prennent plus de consistance à partir de l’air. Ils n’éprouvent pas autant le besoin de s’incarner et de naître d’une femme ; certains mêmes, d’une intelligence parfois aiguë, préfèrent rester à un état aussi libre que l’air. Ils ont même un certain sens de la justice, et ils craignent l’esprit de Dieu dont certains ont une connaissance assez claire, notamment ceux qui sont assez vieux, alors que les jeunes esprits de cette compagnie-là sont généralement assez ténébreux, méchants et parfois même maléfiques, lorsqu’ils ne sont pas tenus en bride par leurs aînés. Leur principale activité est de façonner toutes sortes de métaux qu’ils doivent arranger et laisse se développer dans les failles et les filons des montagnes. De tels esprits se nourrissent aussi parfois de la nature, bien qu’uniquement du règne végétal. Ils le font lorsqu’ils accomplissent de pénibles travaux dans le règne de la montagne, lorsqu’ils façonnent les rochers, qu’ils exploitent des pans de montagne, qu’ils vident les grottes envahies par l’eau ou tout autre de ces travaux qui leurs sont souvent confiés, afin que ces esprits subissent de tels tracas qu’ils en perdent leur amour pour la montagne et qu’ils cherchent alors à s’incarner, car, désormais surtout aucun esprit ne pourra atteindre une félicité libre et vivante s’il n’a suivi la voie de l’incarnation. Ces esprits, mon cher Kisjonah, et notamment ceux qui s’occupent de ta montagne et qui ont été chargés de barricader cette ignoble grotte, avaient à faire un travail si excessif qu’ils devaient pour cela se fortifier avec du pain et du vin. Voilà à qui Je pensais lorsque J’ai dit : « Nous trouverons en foule ceux qui auront faim et soif et qui auront besoin d’une tel soutien. » Tout a été consommé, sans le moindre reste, et ce travail très pénible a été accompli sous les ordres de Mon ange. Voilà toute la lumière pour répondre à ta question ! As-tu bien compris ? » Kisjonah dit : « Oui, Seigneur, j’ai tout compris, d’autant que les mineurs qui extraient le minerai de ma montagne m’ont souvent raconté la même chose, à savoir que le pain et le vin parfois viennent à disparaître sans qu’on puisse savoir qui a bien pu les voler. Ces mineurs dont l’appétit est ainsi contrarié ont parfois perçu certains bruits de rires et vu des petites formes humaines scintiller autour d’eux, de couleur bleue, rouge, verte, jaune et aussi toute noire. Dernièrement, un de mes plus vieux montagnards m’a raconté qu’un petit homme bleu lui a conseillé de porter à l’avenir son pain et son vin dans un petit sac en bandoulière, de la façon que les êtres affamés de la montagne ne puissent s’en emparer. Il fallait aussi que personne ne parle trop fort dans les mines de la montagne, et surtout ne siffle pas et ne jure pas, car les génies de la montagne ne le supportent pas et font tout le mal possible à ceux qui ne respectent pas ce commandement. Personne ne doit rire dans la montagne, car ces gaillards ne supportent pas le rire, par contre ils aident volontiers à trouver les métaux les plus nobles les mineurs qui leur laissent du pain et du vin ! Je prenais ces histoires pour des fables, n’ayant jamais rien vu de tout cela moi-même, bien que je visite souvent les mines de la montagne. Mais après Tes explications, tout m’est parfaitement clair. Il y a encore une chose pourtant que je ne saisis pas. Comment ces génies de la montagne, qui sont de purs esprits, peuvent-ils consommer une nourriture physique ? Comment ces êtres étranges peuvent-ils bien boire et manger ? » Je dis : « À peu près de la même manière que le feu consume ce qu’il attaque. Mets dans le feu une goutte de vin ou une miette de pain et tu verras comme ils vont disparaître. C’est un peu de cette manière que ces génies de la montagne consomment la nourriture physique. Ils dissolvent l’aspect matériel et transforment la substance spirituelle présente dans la matière, et transforment en substance spirituelle que leur être spirituel assimile aussitôt. Maintenant que tu le sais, tu n’as plus besoin de t’inquiéter de rien ! » Kisjonah dit : « Seigneur, je Te remercie pour cette information, elle réjouit mon âme et je reconnais que tout ce qui m’environne de tout côté n’est que pure vie. » Je dis : « Très bien, Mon très cher ami, mais Je te prie, ainsi que tous ceux qui en auront connaissance, de garder cela pour toi, car il n’est pas bon que tout un chacun le sache. Les magiciens perses et égyptiens ont bien souvent commerce avec les esprits et les lutins, grâce à l’aide desquels ils réussissent toutes sortes de tours de magie. Mais toute cette magie est une abomination aux yeux de Dieu et celui qui l’exerce, en vérité, parviendra très difficilement au royaume de Dieu, car ces magiciens empêchent ces esprits de s’incarner, et à leur mort, ils deviennent prisonniers de ces âmes immatures dont ils ont d’autant plus de mal à se libérer que leur nature s’est assimilée ces esprits bruts immatures. Je vous le dis, malheur au magicien, car un véritable magicien n’accomplit jamais une bonne action avec sa magie. Ce n’est partout qu’avidité et cupidité accompagnées du plus insolent désir de domination. De tels esprits recevront leur humiliante récompense au plus profond des enfers. » Faustus dit : « Seigneur, Seigneur, voilà un mauvais présage pour tous les magiciens et tous les tireurs d’horoscope du vaste empire romain ! Ces gens-là sont pris pour des dieux à Rome, et d’un mot ont le pouvoir de faire fléchir la volonté de l’empereur comme des plus grands héros, ou au contraire de les rendre courageux à faire trembler les montagnes ! » Je dis : « Oui, ami, un jour tout cela finira mal pour ces hommes qui jouent les demi-dieux, car ils savent tromper abominablement ceux qui ne sont pas initiés à leur art, et ils leur font souvent commettre toutes sortes d’horreurs, mais tout cela finira mal pour ces misérables qui vendent le néant à prix d’or et sont la cause d’innombrables horreurs qui perdent l’humanité. » Plusieurs dirent : « Mais s’ils s’amélioraient, ne pourraient-ils aussi être sauvés ? » Je dis : « Oui, oui, s’ils s’amélioreraient, ils pourraient être sauvés, mais le malheur est que ces hommes-là sont précisément les moins aptes à s’améliorer. Assassins, voleurs, bandits, fornicateurs, adultères peuvent se convertir. Un empereur, un roi peut facilement renoncer à sa couronne, alors qu’un magicien ne peut se séparer de sa magie, car ses invisibles compagnons ne le laissent pas faire et s’emparent de lui s’il veut quitter sa magie. C’est pourquoi Je vous le répète, malheur à la magie, tous les malheurs en ce monde sont venus par elle. Qui veut faire des miracles doit avoir reçu de Dieu la force intérieure, et même alors, le miracle ne doit intervenir qu’en cas de nécessité extrême. Mais qui fait de faux miracles et prétend dire la bonne aventure par toutes sortes de maximes et de signes, n’a plus besoin d’être condamné, car il s’est déjà entièrement condamné par sa propre volonté. Gardez-vous donc de la magie malfaisante et des prédictions, qui font le plus grand mal à l’esprit de l’homme. » Tous ceux qui avaient entendu ces paroles étaient profondément effrayés, et ils Me demandèrent s’il fallait encore faire cas de l’antique expérience des pronostics du temps. Je dis : « Oui, s’ils sont établis sur des fondements scientifiques mesurables, mais si ce n’est pas le cas, c’est un péché d’y mettre sa foi, car on finit par croire davantage en ces signes qu’à la seule véritable toute-puissance de Dieu, et la foi en Dieu s’affaiblit. Qui demeure dans la foi pure peut demander et il lui sera donné ce qu’il aura demandé, même si les plus mauvais signes de la terre et du ciel lui sont contraires. Mais qui se fie aux signes, vivra selon ces signes. Les Pharisiens observent ces signes dont ils se font acheter à prix d’or l’interprétation. Ils n’en seront que plus condamnés. Dieu n’a-t-Il pas créé Lui-même tout ce dont les hommes ont besoin en fait de signes ? Et si Dieu a créé tout cela, Il restera bien le Maître au-dessus de tout, et Il mènera et dirigera tout. Si Dieu est le seul Maître, le seul conducteur de toute chose créée, de tout phénomène, ces signes ne peuvent rien annoncer sans Lui ; que l’homme demande donc à Dieu qui permet toute chose l’interprétation de ces signes, il sera plus tranquillisé que de s’en remettre à tous ces voyants ! » Tous ceux qui étaient présents à Ma table dirent : « Seigneur, tout cela est certain et vrai ! Mais si Tu voulais faire que le monde pense et agisse ainsi, tout se passerait autrement dans le monde ! C’est facile pour nous qui sommes auprès de Toi, nous T’avons sous la main, Toi le fondement de toute existence et de toute manifestation. Mais ce n’est pas aussi facile pour des centaines de milliers d’autres qui n’ont pas le bonheur inestimable d’être dans Ta très sainte compagnie et d’entendre de Ta bouche les paroles de vie ! Ils aspirent certainement aussi comme nous à Celui dont toute la Création est le visible témoignage. Mais leur regard ne Te trouve pas dans les étoiles et leur aspiration n’est jamais satisfaite. Il n’est pas étonnant que chez ces gens-là les prodiges et les signes que font les magiciens trouvent si facilement un écho, car ils répondent en quelque sorte à leur aspiration aux choses divines, dont ils semblent porter la marque malgré leur fausseté ! » Cyrénius reprit alors la parole et dit d’un air très sérieux : « Seigneur, il est parfaitement vrai que Tu es très certainement Celui que nous avons reconnu depuis longtemps déjà, et aucun de nous ne peut le nier ; mais je dois cependant T’avouer que je n’ai guère retrouvé, dans ce que Tu viens de nous expliquer au sujet des magiciens, des devins et des diseurs de bonne aventure, la miséricorde et l’amour que je Te connais d’habitude ! Pourtant, qu’il existe de telles choses ne dépend que de Toi seul, car Tu administres Toi-même aux hommes des coups qui les font beaucoup souffrir, et ensuite, malheur à celui qui se met à crier que cela lui fait mal ! Mais cela est-il juste, je me le demande ! Oui, les hommes sur terre sont sans doute pour la plupart aveugles et stupides, donc également méchants. Mais je pose la question : à qui la faute, et d’où vient le mal ! Et cette question, la posent comme moi des centaines de milliers de Romains qui ne manquent sans doute pas d’expérience ! Cela ne veut pas dire qu’il faut supposer que l’homme, au commencement, est sorti mauvais de Ta main, pas plus qu’aucun enfant ne vient au monde comme un diable ; mais si le premier homme était bon, comment se fait-il que le deuxième ou le troisième soit devenu mauvais ? Était-ce aussi Ta volonté, ou celle de ceux qui l’ont ensuite procréé ? Mais alors, quoi qu’il en soit, tout cela doit être arrivé par Ta volonté ! Et si c’est Toi qui l’as voulu ainsi, pourquoi cette lourde condamnation de ceux-là mêmes qui n’ont fait au fond que sauver les hommes d’un désespoir certain, alors que Tu ne voulais pas Te manifester à eux malgré leurs appels ? C’est pourquoi, je T’en prie, sois juste, mais ne sois pas dur ; car la créature n’est pas armée contre son Créateur, elle ne peut que prier, attendre, souffrir et désespérer ! » Je dis : « Mais, Mon cher Cyrénius, as-tu déjà tout oublié de ce que tu as appris de Moi ainsi que des deux anges ? Ai-je dit que Je jugerais ou damnerais Moi-même ces gens-là ? N’as-tu pas voulu faire fouetter, il y a quelques jours encore, ceux qui voulaient Me lapider, et Je t’en ai empêché ! Il semblerait presque que tu veuilles maintenant prendre leur mauvais parti ! Ou saurais-tu mieux que personne ce qu’il faut faire de l’homme pour que dans cette situation, il soit obligé de devenir un enfant de Dieu, s’il le veut ! Tu vois comme tu es encore faible ! Es-tu si magistralement versé dans l’histoire universelle de toute l’humanité que tu puisses Me reprocher de ne Me soucier que maintenant de ceux qui appellent et qui cherchent ? Les premiers hommes n’ont-ils donc pas toujours été en contact avec moi ? De Noé à Moïse, qui était donc ce grand prêtre de Salem nommé Melchisédec, qui résidait à Salem comme un véritable Roi des rois ? Qui était cet esprit de l’Arche d’alliance ? Et puisque cet esprit est venu de cette Arche en Moi — question : Qui suis-Je maintenant? Ceux qui M’appelaient voulaient Me voir descendre des étoiles, parce qu’ils Me trouvaient trop commun lorsque je vivais parmi eux et que je ne faisais pas d’éclat comme un astre. Vois-tu, ce qui t’anime maintenant est fondamentalement faux, et Satan, qui a quelque peu remarqué que tu portes en toi son secret, t’a juste un peu éprouvé et voilà déjà que tu te mets à vouloir te quereller avec Moi ! Mais demande-toi donc s’il y a quoi que ce soit de juste dans ce que tu dis ! Puis-Je être dur ou injuste envers qui que ce soit ? Ou suis-Je injuste si Je t’offre l’or le plus pur à la place du faux, ou dois-Je vous abandonner à l’ancienne superstition, qui était mauvaise et vaine ? Plus que toi, n’avais-Je pas le droit, Moi le Seigneur, de vouloir la perte de ces méchants Pharisiens rebelles ? Les ai-Je condamnés ? Oui, ils eussent été leurs propres juges si Je ne les avais merveilleusement sauvés ! Vois-tu ! comme tu es encore myope ! Je pense, Mon ami, que tout ce que tu as déjà vu et entendu aurait dû te donner une plus large vue ! » Cyrénius Me demande pardon, ainsi que tous les autres, qui voient leur erreur. Mais Je les console tous en leur disant : « Oh ! vous subirez d’autres épreuves plus dures encore. Mais alors, n’oubliez pas ce qui vient de se passer et ce que Je vous ai dit ici, sinon vous pourriez être soumis à des tentations plus fortes encore ; et, bien que vous M’ayez vu et que vous M’ayez parlé, vous vous sépareriez de Moi pour retomber dans les mensonges et les tromperies du monde, et vous deviendriez semblables à ceux dont vous pensez qu’ils M’ont appelé et cherché et que Je les ai abandonnés aux voyants et aux tireurs d’horoscopes pour pouvoir mieux les damner ! » Tous Me demandent encore pardon et Je les bénis tous.

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber) :

Tandis que nous étions là, nous vîmes s’enfuir une gazelle poursuivie par un chacal. Le chacal eut bientôt rattrapé la gazelle et en fit son repas, qui ne lui prit guère de temps. Puis il s’éloigna tranquillement vers le sud, sans doute en quête de son prochain repas. C’est alors qu’arriva, volant haut dans le ciel, un grand aigle d’Arabie. Apercevant le chacal qui cheminait lentement, il fondit sur lui dit haut des airs aussi vite qu’une flèche et, malgré sa résistance, l’emporta vers les hauteurs. Ensuite, il le laissa tomber en un endroit où il y avait partout des rochers, ce qui, on le conçoit, tua aussitôt le chacal. L’aigle descendit, et, s’étant convaincu que le chacal était bien mort, il le reprit dans ses serres et l’emporta vers le sud, jusqu’à un lieu propice où le chacal et la gazelle que celui-ci avait dévorée lui serviraient de petit déjeuner. Après cette courte scène, le juge déclara : « Seigneur et Maître, le spectacle de ces animaux qui s’entre-dévorent, comme celui des graves maladies qui précèdent la mort d’un homme m’ont toujours paru peu sages et cruels – au regard de la sagesse supposée d’un seul Dieu, ou même de plusieurs. Tu dois bien savoir pourquoi il faut qu’il en soit ainsi, mais nous, même avec la meilleure volonté du monde, nous ne pouvons nous le figurer clairement ! » […] (Le Seigneur : ) « Mais ta vraie question était celle-ci : pourquoi ai-Je permis de telles inimitiés sur le corps céleste qu’est cette terre ? À cela, Je réponds qu’il y a en dehors de cette terre un nombre infini de corps célestes bien plus grands sur lesquels tu ne verras aucun, ou très peu, de ces affrontements entre créatures qui existent ici. Pourquoi donc cela arrive-t-il justement sur cette terre ? Je te le dis : parce que l’âme et l’esprit des hommes de cette terre sont précisément faits de telle sorte qu’ils leur permettent de devenir les enfants de Dieu, raison pour laquelle ils peuvent ce que Je peux Moi-même, et c’est pourquoi Je disais déjà à vos pères, par la bouche des prophètes : « Vous êtes Mes enfants, et par là des dieux comme Je le suis, Moi, votre Père ! » Or, pour former une telle âme, il faut en quelque sorte, comme on dit, l’assembler de toutes pièces, en une longue succession d’années, à partir d’un nombre infini de particules animiques issues du règne de toutes les créatures terrestres, et c’est précisément cet assemblage d’un nombre souvent infini d’âmes de créatures qui constitue ce que les anciens sages, qui connaissaient bien cela, appelaient la « migration des âmes ». Certes, les formes matérielles extérieures des créatures s’entre-dévorent, mais cela libère beaucoup d’âmes qui demeurent dans ces créatures, et qui, après s’être unies entre elles selon leur nature, seront ensuite à nouveau conçues dans une forme matérielle un peu plus évoluée, et ainsi de suite jusqu’à l’homme. Et ce qui arrive à ces âmes arrive également à leur esprit de l’au-delà, qui est ce qui éveille, guide, forme et préserve véritablement l’âme jusqu’au stade de l’âme humaine, qui est la seule à accéder enfin au domaine de la liberté parfaite, et qui devient alors capable de poursuivre sa formation dans le domaine moral. Quand l’âme s’est ainsi élevée par elle-même jusqu’à un certain degré d’accomplissement spirituel, elle s’unit enfin à son esprit d’amour et de lumière de l’au-delà, et l’homme tout entier commence dès lors à devenir toujours plus semblable à Dieu en toute chose ; ensuite, quand l’âme se retirera de son corps, elle sera déjà un être parfaitement divin qui pourra tirer de lui-même tout ce qu’il voudra et le conserver sagement. Or, ce que Je viens de te dire n’a lieu que sur cette terre, et sur aucun des autres corps célestes semblables à elle qui existent en si grand nombre, et tout être raisonnable en comprendra la raison : parce que cette terre correspond à Mon cœur, et que Je n’ai Moi aussi qu’un seul cœur et non plusieurs, il ne peut y avoir qu’un seul corps céleste disposé par Moi pour être celui qui correspond à Mon cœur et à son centre vital le plus profond. Tu ne peux certes le comprendre déjà tout à fait clairement, et, si Je voulais l’expliquer à ta raison, il nous faudrait plus de mille ans pour que tu puisses seulement commencer à comprendre un peu mieux la profondeur de Ma sagesse. Mais, quand tu ne feras plus qu’un dans ton âme avec Mon esprit, tu comprendras et concevras plus de choses que tu ne pourrais le faire par toi-même en mille ans d’une quête fort laborieuse, Et à présent, puisque Je suis là et que toutes choses Me sont possibles, Je vais te montrer ce qui a résulté, du point de vue des âmes, de la chasse à laquelle tu as assisté aujourd’hui. » (Le Seigneur : ) « Tu as toi-même vu l’aigle géant s’emparer du chacal qui s’était auparavant repu de la gazelle, puis s’envoler avec lui dans les airs et le laisser tomber sur un sol rocheux, ce qui a causé la mort de cette bête de proie, après quoi l’aigle s’en est de nouveau saisi et l’a emporté loin vers le sud, où il a son nid dans les falaises. Arrivé là-bas avec sa proie, il l’a à nouveau laissée tomber d’une certaine hauteur, parce qu’elle commençait à lui peser. Or, cette proie, heurtant une paroi rocheuse, est tombée dans une gorge assez profonde, où des bergers arabes faisaient paître leurs maigres troupeaux. Ces bergers se sont bientôt aperçus que l’aigle, ennemi bien connu de leurs troupeaux, descendait toujours plus bas dans la vallée afin d’y aller chercher sa proie tombée dans les profondeurs. Voyant cela, les bergers ont aussitôt tendu leurs arcs, visant l’aigle qui continuait de descendre, et, lorsqu’ils ont estimé qu’il était assez bas, ils lui ont décoché leurs flèches aiguës – et voici que ces trois bergers ont touché l’aigle, qui est tombé mort dans la vallée et a été emporté par les bergers comme un véritable trophée. Quant au pauvre chacal avec sa gazelle, il gît encore entre les rochers où il est tombé au fond de la vallée, et ne sera dévoré que dans quelque temps par d’autres rapaces. Mais à présent, regarde : là-bas, devant la porte, se tient déjà une forme humaine pareille à celle d’un enfant, et elle attend d’être reçue dans le sein d’une mère lors d’une prochaine conception ! Derrière cette apparition d’une âme, tu peux voir un être de lumière : c’est déjà l’esprit de l’au-delà de cette âme, et il devra veiller à ce que cette âme, pour l’heure encore naturelle, trouve refuge à la prochaine occasion dans le sein d’une mère. Tu viens donc de voir comment, à partir de ces trois dernières âmes animales déjà fort accomplies – et qui ont eu, bien sûr, des milliers de précurseurs -, une âme humaine vient de se former. Un enfant mâle viendra au monde avec cette âme, et, s’il est bien élevé, il deviendra un grand homme. La douceur de la gazelle gouvernera son cœur, la ruse du chacal son intelligence, et la force de l’aigle géant sa raison, son courage et sa volonté. Son caractère sera principalement guerrier, mais il sera tempéré par son cœur et son intelligence, et ce sera donc un homme fort utile en toute circonstance. S’il devient un guerrier, il aura certes de la chance grâce à son courage, mais il pourra aussi être victime d’autres armes guerrières. Afin que tu puisses observer cet enfant dès sa naissance, ton voisin terrestre pourra devenir son père dès l’an prochain. À présent, tu sais tout, et Je t’ai dit et montré là ce que Je n’avais encore jamais dit ni montré à aucun homme de cette manière.