La profondeur spirituelle des Écrits de Moïse

« Cyrénius: « Mais pour ce qui est de Moïse, je ne parviens pas encore,

malgré tout cela, à me familiariser vraiment avec lui. Il y a sans doute là une grandeur et une vérité extraordinaires ; mais, hormis Toi-même, qui comprend ce qu’il a écrit ? Sa Genèse est réputée particulièrement obscure ! Il y est dit en un endroit : « ,Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.’ Dieu créa l’homme à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, homme et femme Il les créa. Dieu les bénit et leur dit : ,Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.’ Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. À toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, Je donne pour nourriture toute la verdure des plantes’ et il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. »
On pourrait penser que l’histoire de la Création se termine avec ce passage ; mais il n’en est pas ainsi, loin de là ! Un peu plus loin, alors que Dieu le Seigneur a regardé Sa Création autour de Lui et vu que tout était bien, Moïse Lui fait à nouveau tirer le premier homme de la glaise, ou d’une boule de terre, et lui insuffler ensuite une âme dans les narines, et il semblerait alors l’homme soit parfaitement terminé ; mais Dieu semble seulement avoir oublié ici que l’homme aurait besoin d’une femme ! Il est vrai qu’il est dit dans le passage précédent : « Dieu le créa homme et femme » ; mais ensuite, Moïse laisse longtemps Adam seul, et il ne fait naître la première femme que plus tard, quand Dieu la tire de la côte d’Adam plongé dans un profond sommeil ! Eh bien, celui qui peut trouver à cela un sens raisonnable y comprend assurément beaucoup plus que moi ! Selon la première version, Dieu commande dès le début à Adam et à Ève de régner sur la terre entière et sur toutes ses créatures. Et Il les bénit aussi, puisqu’il est écrit : « Dieu les bénit. » Il faut donc qu’il ait d’abord béni la terre et toutes ses créatures ; car il est également écrit que Dieu Lui-même trouva très bon ce qu’il avait créé. Mais ce que Dieu Lui-même trouve bon, il faut bien que cela ait été béni à la plus complète satisfaction divine ! En outre, dans le premier passage, la terre entière et le premier couple humain apparaissent comblés de toutes les bénédictions ! Or, dans le second passage, cela prend une tout autre tournure : il n’y a sur terre qu’un jardin habitable, qui devait certes être assez immense, puisque quatre des plus grands fleuves d’Asie y prennent leur source. Là, Dieu forme de la glaise le premier homme seul et lui insuffle dans les narines une âme vivante ; et l’homme voit et nomme les arbres et les plantes, les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel et tous les animaux qui rampent et marchent sur la terre. Mais Moïse a purement et simplement oublié les insectes, mouches, abeilles, guêpes, bourdons, papillons et encore toute une foule de petits habitants des airs qu’on ne peut pourtant nommer « reptiles », et aussi, hormis les poissons, les innombrables habitants des mers ; car sous le ciel, autrement dit dans l’air, il ne cite que les oiseaux, et dans la mer seulement les poissons. Cela aussi est un peu étrange ! Mais on peut encore passer sur cela ; car en définitive, on peut fort bien entendre par le terme « oiseaux » tout ce qui vit dans l’air en général, et par le terme générique « poissons » toutes les bêtes qui vivent dans l’eau. Mais que Moïse ait donné à ces termes ce sens large qui serait nécessaire pour le rendre compréhensible, je ne saurais en aucun cas l’affirmer ! Quoi qu’il en soit, on pourrait encore être d’accord avec cela ; mais comment peut-il, dans le premier passage, faire créer par Dieu, le sixième jour de la Création, après qu’il s’est exclamé : « Faisons des hommes à notre image », un homme et une femme, alors que dans le second passage l’homme naît très tôt de la glaise et la femme bien plus tard de la côte de l’homme, que la terre entière paraît beaucoup moins fertile, qu’il n’est pas du tout question d’une bénédiction du premier couple humain, mais qu’au contraire il leur est interdit, sous peine de mort et de malédiction de la terre, de manger le fruit d’un certain arbre, et qu’ensuite, après la transgression de ce commandement, il est dit que la terre est effectivement maudite et ne portera plus que des épines et des chardons, et aussi que l’homme devra mourir et gagner son pain à la sueur de son front — vraiment, on ne trouve plus là la moindre trace de la bénédiction dont parle Moïse dans le premier passage, ni de la très grande satisfaction, mentionnée dans ce même passage, de Dieu devant l’œuvre accomplie ! Ô Toi notre ami tout divin, c’est pourtant bien là une DOCTRINA DURA, et, avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de s’y retrouver !
Je le dis sincèrement : ma foi dans Celui que Tu es, ô Seigneur, et dans ce que Tu enseignes est plus ferme que le roc ; mais ce Moïse pour le moins embrouillé me demeure bien lointain ! S’il T’est possible de me donner là-dessus quelque lumière, fort bien ; mais si cela ne peut pour le moment se faire aisément en accord avec Ton ordonnance, cela n’a, pour moi du moins, que peu d’importance ou même aucune ! Nous tous ici présents avons reçu de Toi une lumière parfaite, et nous pouvons donc aisément nous passer de l’éclairage supplémentaire de Moïse. À quoi bon un enseignement dont nous ne pouvons comprendre la vérité fondamentale ?! Mieux vaut une seule parole compréhensible que dix mille que nul ne comprend ! »

Je dis : « Ta remarque sur Moïse n’est pas si mauvaise, mesurée à l’aune de l’intelligence purement terrestre ; mais si on le juge par l’intelligence de l’esprit, Moïse devient tout autre que ce qu’il t’en semble selon le texte. En outre, même selon le texte, la première version n’est pas si différente que tu le crois de la seconde ; car la seconde est bien davantage un commentaire de la première et décrit plus précisément — bien que par des correspondances purement spirituelles — la manière dont s’est déroulée la genèse de l’homme. Je vous ai déjà montré cette nuit, dans la mesure de ce qui vous est nécessaire pour le moment, comment il faut comprendre la formation naturelle des êtres. Mathaël, qui est très familier de la science des correspondances, vous a également appris hier comment il fallait interpréter les écrits de Moïse ; et Je dois là encore, Mon cher ami Cyrénius, te faire remarquer que tu as véritablement la mémoire très courte ! Il est vrai que Je viens de te la réveiller, et, si tu en as la très ferme volonté, tu dois déjà pouvoir t’y retrouver un peu mieux ; pour ce qui est de tes doutes sur la création de l’homme selon Moïse, cependant, Je vais encore remettre en place bien des choses, afin que toi et quelques autres puissiez comprendre ce que signifie précisément cette histoire.
Voyez-vous, tout ce que dit et veut très précisément dire Moïse dans sa Genèse a trait essentiellement et presque exclusivement à l’éducation et à la formation spirituelle des premiers êtres humains, symbolisés et représentés par le tout premier couple humain. Par ailleurs, le corps d’Adam a bien été créé et formé, par Ma volonté et selon l’ordonnance établie telle que Je vous l’ai montrée, à partir des éléments éthériques du plus fin limon ; et lorsque, par Ma volonté, plein de l’expérience acquise, il eut atteint une force suffisante pour que se constitue autour de lui une sphère de vie extérieure [ « Sphère de vie (ou vitale) extérieure » (Aussenlebenssphäre), « éther vital » : ces notions sont détaillées plus loin (chap. 215 sq.). On parlerait peut-être aujourd’hui — du moins pour le corps Physique — de « champ d’énergie », de « zone d’influence »] particulièrement intense, et que, fatigué par le labeur et les voyages, il fut tombé dans un profond sommeil, c’est alors qu’il fut temps de faire entrer dans cette sphère de vie extérieure d’Adam une âme naturelle assemblée à partir de tous les échelons de la nature que vous connaissez. Une fois parvenue dans le monde de la vie extérieure, cette âme se mit aussitôt en devoir de se constituer un corps qui lui correspondît selon Ma volonté et Mon ordonnance, avec les éléments de vie extérieure, pour elle très attrayants, créés par Adam, autrement dit à partir de ce nuage vital très riche qui est le même que se constituent aujourd’hui encore les âmes des défunts lorsqu’elles souhaitent apparaître aux hommes pour quelques instants ; et en trois jours, elle en eut terminé avec cette tâche. Lorsque Adam, là-dessus, s’éveilla, il fut rempli d’étonnement et de joie de voir à son côté un être à son image, qui lui était et ne pouvait naturellement que lui être très attaché, puisque, selon le corps, il était né de sa propre existence. Il perçut alors dans la région du cœur comme la sensation de quelque chose qui l’oppressait, mais aussi par moments comme un vide — c’était le commencement de l’amour entre les sexes —, et il lui fut désormais impossible de se séparer de cette image pour lui si charmante. Où qu’il allât, la femme le suivait, et où que la femme allât, il ne pouvait davantage la laisser aller-seule. Il sentait la valeur de la femme et son amour, et c’est pourquoi il dit dans un moment de clairvoyance : « Nous, moi l’homme et toi la femme, née de mes côtes (dans la région du cœur) selon le dessein de Dieu, sommes une seule chair et un seul corps ; tu es la partie la plus aimable de mon corps, et il en sera ainsi désormais, et l’homme quittera son père et sa mère (la gravité de l’homme et ses soucis) et s’attachera à son épouse ! » Mais lorsqu’il est dit que Dieu recouvrit de chair la partie d’Adam où il avait pris la côte, J’espère qu’aucun d’entre vous ne sera assez stupide pour supposer que Dieu a véritablement blessé Adam pour le priver d’une de ses côtes, et pour faire de cette petite côte une grande femme. Les côtes sont le solide bouclier qui protège extérieurement les tendres organes vitaux intérieurs.
Lorsqu’un David nomme Dieu « forteresse » et « puissant bouclier », cela veut-il dire pour autant que Dieu est vraiment une forteresse bâtie en pierre de taille, ou un grand bouclier d’airain ?! Il en va de même de la côte d’où Ève est censée être née ! Cette côte n’est qu’un symbole pour désigner l’objet véritable, qui est la puissance de l’amour en Adam. Moïse a donc employé cette côte dans l’Écriture premièrement parce qu’elle protège la vie et que, étant le bouclier protecteur de la vie, elle représente également celle-ci de façon imagée ; mais aussi, deuxièmement, parce qu’une femme bonne, fidèle et aimable doit également être considérée comme une protection, un bouclier et un refuge pour la vie de l’homme, et elle peut donc fort bien être représentée symboliquement comme une côte de l’homme ; enfin, troisièmement, l’éther vital extérieur est lui aussi une toute-puissante protection de la vie naturelle de l’âme contenue dans l’homme, protection sans laquelle celui-ci ne saurait vivre plus de quelques instants. Par ailleurs, Ève est née, du moins pour son tendre corps, du trop-plein de cet éther vital extérieur d’Adam ; et comme cet éther vital émane de la région des côtes, du creux de la poitrine, pour environner ensuite l’homme de toute part et jusques assez loin, un Moïse qui maîtrisait parfaitement la langue des symboles a pu fort justement faire naître Ève de la côte d’Adam, et dire ensuite que Dieu recouvre — ou remplace — la blessure d’Adam par la chair d’Ève. Car puisque Ève était précisément devenue la chair d’Adam, étant née de son éther vital extérieur, Dieu a pu combler avec elle le manque dans l’éther vital d’Adam, autrement dit recouvrir l’emplacement de la blessure avec la chair d’Ève, si agréable à Adam, et qui était aussi à proprement parler la chair d’Adam. »
Le Seigneur: « Voyez-vous, c’est ainsi qu’il faut lire Moïse et le comprendre par l’intelligence naturelle ! Il y a certes également une compréhension purement spirituelle plus profonde et plus intérieure, selon laquelle il faut entendre essentiellement, dans toute cette histoire de la Création, l’entreprise d’éducation des hommes par Dieu, afin qu’ils se connaissent et s’aiment et Le connaissent et L’aiment comme étant tout pour eux. Ainsi, Dieu avance en esprit avec Adam, l’enseigne, lui donne des lois, le punit lorsqu’il commet une faute et le bénit à nouveau lorsque Adam, ou plutôt la première humanité de cette terre, reconnaît Dieu, L’aime et suit Son ordonnance. Même si ce n’est bien sûr pas tout à fait ce qui est arrivé selon la matière, cela n’en est pas moins arrivé en esprit, et cela d’autant plus évidemment et comme une chose naturelle qu’il s’agissait d’hommes encore purs, innocents et d’une parfaite simplicité. Aussi y a-t-il même quatre façons de lire et de comprendre Moïse, toutes très justes et claires. Premièrement : selon le simple sens naturel, et l’on y voit alors une évolution nécessaire selon des périodes définies conformes à l’ordonnance divine éternelle et immuable. Les sages selon la nature peuvent en nourrir leur raisonnement et en tirer leurs conclusions, mais celles-ci ne seront jamais que très superficielles ; ils pourront ainsi éclairer bien des choses, mais ne seront jamais en terrain sûr.
Deuxièmement : à la fois selon la nature et selon l’esprit. Ce domaine également d’une très grande vérité est le meilleur pour les hommes qui aspirent à plaire à Dieu, car les deux aspects, marchant en quelque sorte main dans la main, se manifestent de façon visible et compréhensible dans l’action et dans la réalité. (Nota bene : c’est en ce sens également qu’il faut entendre la « maison de Dieu ».[ voir dans la rubrique la Nouvelle Parole ]). Troisièmement : dans un sens purement spirituel qui ne se préoccupe pas le moins du monde des événements naturels, de leur état et de leurs changements temporels. Il ne s’agit plus alors que de la formation spirituelle des hommes, que Moïse décrit parfaitement par les images naturelles appropriées. C’est le sens que doivent entendre les sages selon Dieu à qui est confiée la formation spirituelle des hommes. Enfin, quatrièmement : le sens purement céleste, où le Seigneur est toute chose et où toute chose se rapporte à Lui. Mais vous ne saurez comment il faut entendre cela que lorsque, par la complète renaissance de votre esprit, vous serez un avec Moi, de même que Je suis un avec le Père céleste, avec cependant cette différence que vous serez un avec Moi dans une personne séparée, alors que Je suis avec le Père, Qui est Mon amour, une seule personne inséparable, parfaitement une de toute éternité. J’espère à présent, cher ami Cyrénius, que tu auras de Moïse meilleure opinion ; ou penses-tu encore par hasard que Moïse — que tu sembles tenir Pour une sorte d’aveugle — ne savait pas ce qu’il disait?! » Cyrénius, tout contrit, dit : « Seigneur, permets-moi, dans ma honte, de garder le silence ; car je comprends à présent ma grande et grossière ineptie. Dorénavant, je ne veux plus faire qu’écouter et ne plus prononcer une parole moi-même ! » « 

Le Grand Évangile de Jean, Jacob Lorber