De la prière et du service divin

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber)

La prêtresse de Minerve dit : « Ô Seigneur, des questions, nous en aurions pour toute l’éternité ! Mais à quoi bon les poser, puisque, dans notre présent état, nous ne pourrions comprendre Tes réponses ! Pourvu que Tu nous envoies au plus vite l’Esprit que Tu nous as promis et qui doit nous guider en toute vérité, ce que Tu nous as déjà accordé nous satisfait déjà plus qu’assez. Une seule chose encore mérite peut-être d’être mentionnée sur quoi il serait bon que nous recevions un avis de Ta bouche. Voici : toutes les religions demandent aux hommes d’adorer un être divin, ce qui est en soi fort louable. Nous-mêmes, nous avions pour adorer nos faux dieux toute une légion de prières, tant approuvées que non approuvées. Seuls les prêtres — de plus haut rang, bien sûr — avaient le droit de dire les prières approuvées, donc efficaces, qu’ils ne devaient prononcer qu’au cours de cérémonies spéciales et à certains moments de la journée, et qui appartenaient aux mystères du culte ou service divin. Le laïc et le non-initié ne devait en aucun cas, sous peine d’une sanction très sévère, dire lui-même ces prières, mais il devait aller trouver un prêtre et lui apporter une offrande, d’une valeur fixée pour chaque cas, afin que celui-ci marmonnât pour lui dans un temple, avec le cérémonial d’usage, d’une voix monotone et sans y penser, quelqu’une de ces prières autorisées. Quant aux prières non approuvées, donc sans effet, le profane avait le droit de les dire lui-même, cela à seule fin de s’exercer à la contemplation des dieux et de reconnaître par là les effets des prières sacrées des prêtres. Je comprends fort bien sans qu’on me l’explique que cela doit être une abomination à Tes yeux et à Tes oreilles ; néanmoins, s’agissant du vrai Dieu, l’homme devrait à plus forte raison Le prier et L’invoquer en des termes choisis, plus dignes de Lui que ceux par lesquels il s’adresse à son prochain humain. C’est pourquoi nous aimerions que, pour notre gouverne, Tu nous dises Toi-même un mot là-dessus. »
Je dis : « Mes disciples vous ont déjà transmis la prière que Je leur ai enseignée, et que tout homme peut prononcer dans son cœur tout en agissant ; hors celle-là, toute prière des lèvres est pour Moi une abomination. En esprit, Je suis identique à Moi-même de toute éternité ; Mon être, Mon action et Ma volonté n’ont jamais changé et ne changeront jamais. J’ai passé près de trois jours avec vous et vous ai enseigné ce que vous devez savoir, croire et faire — chacun pour soi — pour atteindre la vie éternelle de l’âme. Vous ai-Je donc parlé d’une quelconque prière, d’un quelconque culte à l’action mystérieuse qui seul Me serait agréable, d’un quelconque jour de fête, fût-ce le sabbat des Juifs, qu’ils nomment jour de Yahvé, mais où les prêtres interdisent aux hommes tout travail, tandis qu’eux-mêmes pratiquent précisément en ce jour du Seigneur les pires tromperies, pensant même, dans leur absence de conscience, rendre par là un grand service à Dieu ? Non seulement vous n’avez rien entendu de tel de Ma bouche, mais Je vous dis ceci, qui est la vérité : Loin de vous les prières et tous les jours de fête, car chaque jour est un vrai jour de Dieu, et loin de vous le sacerdoce ! Car tout homme qui connaît Dieu, L’aime par-dessus tout et fait Sa volonté est lui-même un vrai et bon prêtre, et par là un bon maître, dès lors qu’il enseigne à son prochain la doctrine qu’il a reçue de Moi. Ainsi — c’est le Seigneur qui parle —, celui qui fait Ma volonté prie en toute vérité, et prie toujours et sans relâche ; et chaque jour où un homme fait le bien à un autre en Mon nom est un vrai jour du Seigneur, le seul qui Me soit agréable. Mais lorsqu’un homme fait le bien à son prochain, qu’il le fasse en silence, sans faire parler de lui ni s’en vanter devant les autres hommes ! Car pour Moi, s’il fait cela, il a déjà reçu sa récompense spirituelle avec la renommée que sa noble action lui a valu en ce monde ; et cette renommée ne fortifie pas l’âme, mais ne fait que la corrompre, parce qu’elle la rend vaniteuse et suffisante. Il en va de même lorsqu’on Me demande quelque grâce. Celui qui Me prie pour obtenir quelque chose de Moi doit prier en silence d’un cœur rempli d’amour pour Moi, et ce qu’il demande lui sera accordé, si cela est compatible avec le salut de son âme. De même, si deux, trois ou même davantage s’unissent pour demander en silence quelque grâce pour eux et leur communauté — mais en sorte que la communauté ne l’apprenne pas aussitôt —, J’exaucerai à coup sûr une telle prière. Mais si ces deux, trois ou davantage annonçaient à la communauté qu’ils feront cela tel ou tel jour, à telle ou telle heure, afin qu’on les regarde et qu’on les loue, voire qu’on les paie pour cette œuvre pieuse — en vérité, une telle prière ne sera jamais exaucée et ne servira donc à rien, pas plus à la communauté qu’à ceux qui l’auront formulée ! Car les païens ont déjà fait tout cela et le font encore, lorsque, dans les grands périls, ils vont en troupe nombreuse d’un temple idolâtre à un autre, portant toutes sortes de statues, banderoles, coupes et autres objets parfaitement stupides, poussant de grandes clameurs au son des trompes, des cymbales et du cliquetis des boucliers. Ils organisent aussi de lointains pèlerinages vers des emblèmes extraordinaires de la grâce des dieux, et, lorsqu’ils y parviennent, accomplissent toutes sortes de pénitences stupides et prodiguent aux idoles des offrandes souvent fort considérables, ce qui est certes d’un grand profit pour les prêtres idolâtres, mais jamais pour les stupides pèlerins. Car Je n’exaucerai pas davantage ces sortes de prières et de requêtes communes ! Ainsi, si quelqu’un veut que J’entende sa juste prière, qu’il fasse un pèlerinage dans son cœur et Me l’expose en silence par des paroles toutes naturelles et sans ornement, et Je l’exaucerai. Mais, Je vous le dis, que nul ne Me sollicite par des gestes et des mines d’apparente piété ! Je n’exaucerai jamais les prières de ceux qui s’adresseront à Moi avec ces pieuses grimaces hypocrites ; car Je n’écouterai jamais celui qui ne viendra pas à Moi tel qu’il est, dans un esprit de pure vérité, et seul celui qui M’aime véritablement, suit Ma volonté et vient à Moi tel qu’il est, sans apparat ni contrainte, sera toujours exaucé. C’est aussi une vieille coutume, même chez les Juifs, que les hommes aveugles et ignorants revêtent pour prier Dieu des habits spéciaux, plus beaux qu’à l’ordinaire, parce qu’ils estiment qu’un homme ne saurait trop en faire pour ce qu’on nomme la plus grande gloire de Dieu. Mais, ce faisant, ces sots ne songent pas à tous les pauvres qui ont à peine de quoi couvrir la nudité de leur corps. Que doit penser un pauvre lorsque, dans une maison de prière, il voit le riche ainsi paré, faisant si grand honneur à Dieu, tandis que lui, le pauvre, doit nécessairement penser, puisqu’il ne peut faire de même, qu’il ne peut qu’offenser Dieu en priant avec ses haillons ! En vérité, Je vous le dis : chaque fois qu’un homme revêtira ses plus beaux habits pour Me demander quelque chose, il ne sera pas exaucé — encore moins un prêtre dans sa robe et son absurde manteau de magicien bordé de fourrure ! Une vieille déformation veut aussi que, pour prier Dieu, il soit indispensable d’user de quelque langue étrangère que l’on tient pour la plus digne de L’honorer. À l’avenir, chaque fois que l’on persistera dans cette absurdité, ces prières non plus ne seront pas exaucées. Que l’homme ne se pare devant Moi que dans son cœur et parle la langue qui est la sienne et celle de son cœur, car Je la comprends parfaitement, et alors, J’exaucerai sa prière ! Je veux que l’on renonce à toutes ces anciennes folies et que les hommes deviennent des hommes nouveaux, authentiques et purs. Chaque fois qu’il en sera ainsi, Je serai parmi eux ; mais les fous aveugles du monde continueront d’être punis en ce que leurs prières ne seront pas exaucées ! Dieu a créé homme sans vêtement et l’a créé à Son image, et l’aspect de l’homme a plu à Dieu parce qu’il était à Son image. Dieu a certes appris à l’homme à se faire un vêtement pour protéger sa peau du froid ; mais Il n’a certes pas enseigné aux premiers hommes à se faire des habits pour qu’ils s’en fassent une orgueilleuse parure. Encore moins leur a-t-il demandé de se faire un habit bordé de fourrure, parce qu’ils ne seraient dignes qu’ainsi d’adorer Dieu. Aussi, vêtez-vous certes selon votre état, mais simplement, et n’accordez pas à la robe et au manteau d’autre valeur que celle de couvrir votre corps; tout le reste appartient déjà au mal et ne porte pas de bons fruits.