De la différence entre les anges et les hommes

Extrait du Grand Évangile de Jean (Jacob Lorber) :

Quand nous fûmes tous dehors en bon ordre — nous étions en tout près de soixante-dix —, Je dis sur eux tous : « EPHETA », ce qui signifie : « Ouvre-toi. » Et ils furent tous dans la seconde vue, et, à perte de vue, ils découvrirent des légions d’esprits angéliques de lumière. Plusieurs descendirent vers eux, c’est-à-dire les Romains, et se mirent à leur parler, ce dont ils furent émerveillés. Et Agricola Me dit: «Seigneur et Maître, on se croirait dans notre merveilleux Olympe ! Ah, ces troupes innombrables ! Qui pourrait en avoir idée, même dans le rêve le plus lucide ! Dis-moi, est-ce la réalité? Ou seulement une vision suscitée en nous par la force de Ta volonté, et qui s’offre à nous avec tant de relief qu’elle nous paraît extérieure ? Ces êtres semblent véritablement posséder un corps, surtout ceux qui nous entourent sur ce sol terrestre ! Que devons-nous en penser ? » Je lui dis : « Il y a un ange près de toi ; demande-le-lui, et il te répondra. » Agricola se tourna vers l’ange et lui dit : « Parle, ô étrange créature ! Es-tu un être véritable, ou seulement le produit de ma propre imagination quelque peu échauffée ? Et si tu es un être véritable, donne-m’en une preuve tangible, que je puisse le croire pleinement ! » L’ange répondit d’une voix claire : « Nous sommes bien plus réels que vous, les hommes : vos corps n’ont aucune réalité, parce qu’ils ne sont pas ce qu’ils paraissent être. Ils ont certes une forme humaine articulée qui peut se mouvoir selon la volonté de l’âme ; mais quand cette forme disparaît, elle se dissout aussitôt en d’autres formes innombrables. Seule la vérité pure est une vraie réalité, et tout ce qui vous appartient par ailleurs, hommes qui vivez encore sur cette terre, est apparence et nécessaire illusion des sens. Car tant qu’un homme, pour l’amour de son corps, travaille à amasser les richesses de ce monde, son âme est elle-même trompée au plus haut point par l’illusion du corps ; car l’âme de celui qui nomme et considère comme vie la vie de son corps doit être considérée comme morte aussi longtemps qu’elle ne prend pas conscience que la vie du corps matériel de chair est la véritable mort. Mais nous, nous sommes tout entiers réalité, parce que nous n’avons pas de corps changeant, mais sommes tout entiers force de vie, et celle-ci ne saurait changer ni être détruite. Tout ce que vous voyez en ce monde, vous, hommes de chair, peut détruire ou modifier votre corps. Si une pierre te tombe sur la tête, elle te tue. Si tu tombes dans l’eau ou dans le feu, c’est la mort. Bref, ton corps peut trouver dans tous les éléments une mort certaine. Mais ce n’est pas du tout notre cas : par la volonté de Dieu, nous sommes tout entiers la force de vie même, et nul élément matériel ne peut rien contre nous, puisque nous sommes partout. La force invincible qui est en nous peut anéantir en un instant tous les éléments de la matière, ou au contraire créer un monde d’éléments. Nous régnons sur toute chose, mais rien ne peut régner sur nous que nous-mêmes, parce que nous sommes l’expression parfaite de la volonté divine. Pour que tu comprennes mieux cela, toi qui es Romain et homme de réflexion, soulève cette pierre et lance-la-moi à la tête de toutes tes forces : cela ne me fera rien ! Mais si je te faisais la même chose, ton corps en mourrait à l’instant. Essaie donc, et constate toi-même qu’il en est bien ainsi. »
Le Romain essaya, et la pierre, traversant l’ange, retomba sur le sol, et l’ange était toujours devant lui, sain et sauf. L’ange ramassa la pierre et dit: « Si je faisais de même avec toi, tu serais mort à mes pieds, la tête brisée en menus morceaux ! Je ferai donc autre chose à la place. Regarde cette pierre : elle est très dure. Reprends-la dans ta main, et essaie de la briser. » Le Romain prit la pierre et éprouva sur elle sa force physique ; mais il eut beau la frapper et la lancer sur le sol rocheux, lui aussi fort dur, elle demeura tout à fait intacte, à l’exception de quelques éraflures. Alors, l’ange reprit la pierre des mains du Romain et lui dit : « Regarde : c’est la même pierre qui m’a traversé tout à l’heure et que tu viens d’essayer de détruire. Tu vois à présent que je puis la tenir dans ma main tout comme toi, et, en vérité, bien plus fermement que toi : essaie de me la reprendre, et tu pourras te convaincre de ma force ! » Le Romain essaya de toutes ses forces ; mais il ne put faire bouger la main de l’ange d’un cheveu, ni à droite, ni à gauche, ni vers le haut, ni vers le bas, et encore moins lui retirer la pierre. L’ange dit alors : « Eh bien, cela doit assurément être davantage que le produit de ton imagination échauffée ?!» Le Romain dit : « Ah, ami, qui que tu sois, si je rêvais, je ne verrais sûrement pas la ville qui s’étale à nos pieds et n’entendrais pas monter jusqu’ici la rumeur de ses voix, et je ne verrais certes pas non plus près de moi, sous un aspect tout naturel, mes compagnons et cette auberge ! Car il m’est très souvent arrivé de faire des rêves lucides, où je voyais aussi des paysages qui existent sur terre ; mais ils n’étaient jamais tout à fait comme dans la réalité. C’est seulement quand je rêvais de tel ou tel de mes amis qu’il m’apparaissait comme dans la réalité — du moins pour ce qui est de son visage et de sa façon de parler et de se conduire. Mais ce n’est pas le cas ici, car je vois toute la réalité telle qu’elle est naturellement, en même temps que je vous vois, vous, êtres surnaturels, et c’est pourquoi je vous tiens vous aussi pour une réalité et non un rêve. — Mais que vas-tu faire de cette pierre à présent ? » L’ange dit : « Tu vas le voir à l’instant ! Tout à l’heure, tu as essayé de briser cette pierre, mais elle t’a opposé une résistance particulièrement opiniâtre ! Mais je vais te montrer que je puis à l’instant la broyer entièrement dans ma main ! Regarde : elle est encore entière ; regarde encore : la voici réduite en centaines de morceaux ! Et regarde à présent : où sont-ils passés ? Il n’y a plus rien ! Je les ai entièrement dissous dans leur substance d’origine ! Et si, moi qui suis un esprit, je puis faire cela le plus facilement du monde, mon être purement spirituel n’est-il pas infiniment plus parfait que celui de n’importe quel homme incarné de cette petite terre ?! Voilà pourquoi seule notre existence est réelle, et la vôtre seulement dans la mesure où elle se conforme à la volonté du Seigneur qui, dans Sa grâce infinie, vit à présent parmi vous et vous enseigne la vraie Vie, le Seigneur qui est toute chose de toute éternité, et que vous devez écouter afin de vivre et d’agir selon Sa parole. »